106 LA REVUE 80CI.-\LISTE et partout une expression aussi étendue que l'humanité môme; c'est pourquoi il fut et rester:, pour l'histoire un ,·éritable apôtre de toutes les manifestations internationales de l'idée, <lu sentiment, <lu droit. C:cp,,ndaut, <les éprcu\'es toujour, renâ.issautcs attendent les grandes âmes si promptes à s'oublier clics-mêmes. Je serai prolétaire toute ma oie, m'écri• ,·ait-il un jour; hélas! il <lc\'ait connaitre à la fois toutes les incertitudes du prolétariat, toutes les angoisses de la pauvreté. Le culie de l'idée prépare trop sou,·ent de cruels chàtiments; celte sublime initiation de l'idéal, si féconde qu'elle soit pour l'llumanité, s'achète au prix des larmes et des tourments. Ceux au nom de qui je parle ont soutenu leur ami dans ces combats déchirants, ils ont ranimé son courage, ils l'ont défendu contre les accès de son propre désespoir; avec lui, ils ont cherché ce point d'appui matériel nécessaire au plein épanouissement de la. pensée; cc point d'appui il ne le trou,·a. nulle part, pas même dans l'enseignement, lui qui était si admirablement doué pour in~truire les autres. Puis la malaclie qui minait sourdement ses forces fit le reste; mais ce grand naufragé de la vie de l'esprit, nous J'a,·ons vu jusqu'au dernier moment, faire effort .pour soulever au• dessus du Ilot montant de ses infortunes et de ses souffrances, le fardeau sacré de la science et de l'idéal. Devant un tel spectacle, l'amitié penche douloureusement la tête, et pleure, elle pleure n'osant accuser et maudire cette Humanité 4ui, clans sa marche laborieuse et heurtée, accomplit à chaque génération nouvelle comme la dette monotone et terrible de tout progrès, le sacrifice du plus pur de ses forces. J>our porter sur César de Pa.cpe comme penseur un jugement digne de lui, il faudra considérer non seulement ce qui lui a. été permis d'accomplir, mais ce qu'il a,·ait con,u et projeté; la Haie mesure de la grandeur de l'homme doit ,'tre cherchée dans éette construction idéale dont il rê\'a d'être l'architecte, dans la ligne de la statue qu'il entreprend de dégager du bloc <lemarbre que les miscres tle la \'ie l'obligeront souvent de traîner clcrricre lui; avec la puissance de compréhension qui lui était propre, il ne pouvait manquer d'embrasser da11sun effort de synthësc toutes les branches du sarnir humain ffUi touchent ù la solution du probleme social; là encore, il obéissait à la loi de sa nature qui était de faire converger tous les efforts ,·ers un résultat commun; en même temps qu'il rêvait de contriiJucr directement à la constitution de la. science sociale, il voulait aussi mettre en pleine lumière les lions qui y ratta.· chcnt les sciences infërieures auxquelles clic empreint une base inébranlable. C'est bien a\'Cc cette largeur de vue qu'il considérait, dès sa jeunesse, la création d'une faculté des sciences sociales à l'Université, car l'amère ironie du sort a. conclu qu'il en conçût le premier l'idée, ou du moins l'un des premiers. Il fut et resta par-dessus tout disciple de la philosophie positirn, bien qu'il fût sollicité par la curiosité de son esprit et par l'entrainement de nobles amitiés comme celles de Büchner cl Regnard, avec les hypothèses hardies de la philosophie matéria.lisie: c'est à la discipline de la philosophie positive qu'il entreprenait de soumettre les solutions sociale~ de Colins, de l\1arY,de Lassalle et de tout le socialisme scientififfue auquel il se rattachait en même temps qu'à John Stuart Mill et de Lavcleyc; c'est là sa position vraie; l'histoire, car il y aura. une hi,toirc pour ses idées, l'histoire le jugera impartialement à œ point <levue. C'est encore en obéissant à l'une des grandes conceptions de la philosophie positi"c, qu'il traçait les dfrisions fondamentales de l'œuvrc vraiment formidable qu'il voulait entreprendre. Médecin comme Littré et comme Marx, familier avec les sciences naturelles, il porta ses investigations à la fois directement sur les faits sociaux et sur la biologie et la physiologie de l'esprit, mais
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