La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

100 LA REVUE SOCIALISTE continuelle des dépenses, ces institutions parviennent à soulager la misère grandissante; évidemment non, ils avoueront, avec lui, qu'elles sont tout à fait impuissantes. Tous ceux qui s'occupent de venir en aide aux vaincus de la vie savent que leur nombre croit, non pas en progression arithmétique, mais bien en progression géométrique. Dans tous les pays européens et surtout en France, l'excédent des naissances sur les décès va en diminuant, on prévoit le moment où l'excédent des décès sur les naissances le remplacera. Une pareille situation doit préoccuper les administrateurs publics; le remède se trouve surtout dans la suppression du surmenage et des privations des travailleurs. Le maire répond qu'il ne consentira jamais à porter atteinte à la liberté des transactions. C'est aux ouvriers à réclamer une journée plus courte et des salaires plus élevés aux entrepreneurs. D'un autre côté, 5i les particuliers ont le droit de payer des salaires aussi élevés qu'ils le veulent, de se ruiner même si cela leur fait plaisir, les administrations municipales, qui représentent les intérêts des contribuables, ont le dcrnir de payer le moins cher possible et de faire appel. pour cela, à la concurrence par voie d'adjudication. Du reste, toute autre façon de procéder ne serait pas approuvée par l'autorité supérieure. li cite, à ce sujet, l'exemple de la ville de Paris. Le citoyen Colombes soutient la proposition de son camarade Brunellière. En étudiant les prix de série fixés par la ville et en les comparant avec les salaires que rci;oh·ent les ouvriers qui travaillent pour clic, il s'aperçoit que les entrepreneurs commencent par faire une réduction sur les prix de série et en imposent ensuite une plus considérable encore aux travailleurs; ils se font des rentes ain~i, en plus des bénéfices qu'ils perçoi,·ent sur les fournitures. Il en résulte que certain, ou ni ers ne rci;oi,·ent que 35 centimes de l'heure; d'un autre côté, ceux qui travaillent dans l'eau ne touchent aucun supplément, quoique la ville pré"oie des salaires doubles pour C'ela. Il serait équitable que les entrepreneurs se contentent du bénéfice qu'ils font sur les fournitures et ne prélcvent rien sur les salaires de leur, ou\Ticrs. Le maire repousse absolument cette manière de ,·oir qui aboutirait à l'unifiC'aliondes salaires; il ne peut admettre qu'on paye un ma,1\'ais ouvrier le mème prix qu'un bon, un contremaitre le même prix qu'un manœune. De plus, en imposant un taux invariable de salaires, on éloignerait les entrepreneurs des adjudications, et si, par mégarde, quelques-uns d'entre eux se laissaient aller à soumissionner, ils ne pourraient remplit· leurs engagements, et la ville se trouverait en butte à des demandes de résiliation. Le citoyen Brunellicrc dit que le maire n'a point exactement compris sa pensée et celle cle ses amis; ils se sont bornés à demander, sur la question des salaires, qu'on fixe un minimum au-dessous duquel les entrepreneurs ne pourraient pas descendre, cc qui est tout à fait compatible a,·ec le systcme de l'adjudication. Quant à l'intérêt des finances de la ville, il fait remarquer qu'il faut di,tingucr entre l'inlél'êt immédiat et l'intérêt éloigné qui est souvent supérieur au premier. Ainsi, il est incontcstaulc que la plupart des entrepreneurs qui travaillent pour les villes gagnent des millions qu'ils vont porter à la campagne où ils aehctcnt des châteaux et des terres. Leurs bénéfices excessifs sont é,·idcmmcn t faits aux dépens des tra,·ailleurs, d'une part, et des YiIles de l'autre. Ces derniers n'ont-ils pas intérêt à s'entendre dans un but de sauvegarde commune? La limitation de la journée et la fixation d'un minimum de salaires peu,·ent se concilier avec l'intérêt financier des villes. Ce sera un acheminement vers un système, qu'il appelle de tous ses vœux, par lequel les communes, les départements et l'État traiteront directement a,·ec les travailleurs et se passeront des entrepreneur~, qui sont des intermédiaires ex<'essi,·em~nt coûteux.

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