La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

\ MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ETRANGER W série proposés par l'administration communale furent adoptés sans la moindre modification en faveur des salariés. Voici, d'après l'Action sociale, un résumé de cette intéressante séance: Le citoyen Bruncllicre dit que le rcnournllement des traités a\'CC les entrepreneurs, par voie d'adjudication, pour l'entretien des bâtiments communaux et les tra\'aux de la \'ille, soulcve la grosse question qui est à l'ordre du jour actuellement, de la limitation de la journée à huit heures, et de la fixation d'un minimum de salaires. Il est partisan, a\'CCses collègues ouvriers, de .celle réforme, mais il se rend parfaitement compte qu'on ne peut l'accomplir danb quelques heures de séance. Aussi dcmande-t il r1u'on renvoie l'étude des di, ers cahiers des chargc,s à une commission spéciale qui étudiera les rnics et moyens d'adapter les deux mesures proposées aux exigences du sen·ice. Si l'on ne peut résoudre cc soir la question de la mise en pratique, on peut étudier le principe et se prononcer à son sujet. Il ne recherchera pas les raisons qui militent pour la journée de huit heures et le minimum de salaires, chacun reconnait l'uhlité, la nécessité même, de faire cesser le surmenage des travailleurs, et de leur garantir un salaire suffls:rnt pour leur subsistance et celle de leur famille. Il se contentera clone de répondre aux principales objections qu'on y fait. Elles sont de trois sortes : le respect de la liberté des contrats, l'intérêt des villes et la crainte de l'inconnu. La liberté des contrats est respectable, mais à condition qu'elle existe; or, elle n'existe pas, elle n'existera jamais entre des entrepreneurs qui peuvent attendre et des ouvriers qui ,·i\'cnt au jour le jour. Quand les docteurs Sur·ci, Turner et leurs émules auront appris aux hommes le moyen de \"ivre plusieurs mois sans manger, la liberté des transactions ne sera plus un vain mot. li est dangereux, en outre, de se confiner dans des formules étroites; c'est un moyen de commettre de grosses erreurs .. \insi, dans le cas qui nous occupe, il s'agit moins de la liberté des transactions, que du droit pour les entrepreneurs de diminuer les salaires et d'allonger la journée de Ira.mil le plus possible, ce qui est manifestement contraire à l'intérêt direct et indirect d'un très grand nombre de citoyens; or, le droit des particuliers dans une société bien organisée, a pour limite l'intérêt général. Quant à l'intérêt de la ville, il ra.ut considérer tout d'abord, que l'administration communale ne peut être assimilée à un simple particulier, émanant de tous et surtout des tra\'aillcurs qui forment les quatre cinquièmes de la population, elle ne peut se permettre de profiter du <.:hômagcet de la gène des ouHiers, pour diminuer ses dépenses, du reste, en contribuant à la souffrance de la classe laborieuse, elle diminue la consommation; elle atteint le petit <'Olllmerce qui voit ses magasins devenir déserts et ses caisses se vider par suite du crédit qu'il doit accorder; la ville elle-mèmc souffre de la situation qu'elle a contribué à créer; ses recettes, et en particulie1· ,·elles de son octroi, diminuent; comment pourrait-elle a\'oir des finances florissantes, lorsque ses citoyens sont misérables? Qui sait, en outre, si par une sur,·cillance plus approfondie du sen·ice des travaux publics, la \"ille ne rctrournrait pas amplement les sacrifices qu'elle feraitf Quant à la troisième objection qu'on peut faire à l'application de cette profonde innovation économique, le citoyen Brunellière doute qu'elle donne d'aussi mauvais résultats que le système actuel; il fait appel à un collègue du bureau de bienfaisance et des hospices, et leur demande si, malgré l'augmentation

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