La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

UN ESSAI DE SYNTHÈSE SOCIOLOGIQUE 95 d'ordre supél'ieu1· peuvent 1·eproduire cedaiues formes <les vhcuomènes d'ordre inférieu1·,'sans que pour cela il y ait 1·ég1·ession(1). Ici, nous voyons, a l'eut·s débuts, les sociétés présenter les mêmes ca1·actè1·esde structm·e que ce1·tains oq~anismes inté1·ieu1·s.Cependant, les sociétés ont, dans la hiérn1·chie des J1hé11omenes 01·ganiques, une supério1·ité incontestable sur n'impo1·te quel organisme individuel, même supériem·, pt·op1·ernentdit. Autre différence entre ·l'ot·µ;anisrne social et l'organisme incliYiduel, que nous devons signalee, parce qu'elle est ti-ès importa1He pour certainEts thèses pal'ticulièrcs de notre autcul', qui en a tiré, croyons-nous, des déduction:-; parfois risquées : l'organisme social est composé d'unités sociales qui sont les inùiYidus, dont les agt·cgats, combinés ensuite, forment les ot·ganes et sou~-oqi:anes. Cc11ui distingue l'unité sociale de l'unité physiologique, lïndivi<lu humaiü de la cellule, c'est que l'individu est conscient, tandis que la cellule ne l'est point. Le cor[)s humain e:-;t une association composée de cellules dont les fonctions sont automatiques; le c01'1Jsocial est une association composée d'individus conscients, don.t l~ concoul's est de plus en plus consenti, à mesu1·eque l'as::;ociation se déYeloppe. Ceci est la théorie adoptée déja pa1· M. Fouillée (<lans sa Science sociale) de « l'organisme contractuel n, dans laquelle l'émiment philosophe s'est efforcé de concilier 1'1cléedu contrat et celle ile l'organisme social. M. de Greef aboutit il· la mê111econclusio11: « Le « contrat social que Rousseau el son école plaçaient au berceau de:-; « sociétés comme un pal'adis perdu par noti·e faute, est, au con- « traire, l'héritage péniblement conquis des sociétés arriYém; à « l'état de maturité, au même titre que les actions conscientes et « raisonnées ne sont pas le lot de l'enfance, mais l'apanage de:-- 11 formes organiques dé.-eloppées et :mpé1·ieu1·es. ,> Pom· résumer cette pl'emiè1·epartie : I. La sociologie est une science distincte qui a pour· objet l'étude des lois du développement des sociétés. II. Les sociétés sont des superorganismes soumis a des lois do croissance spéciales ; III. Pour connaître la nature <leces lois, il faut classet' d'aùot·d, dans leul' ordre naturel de complexité croissante, les phénomènes que présente le superorganisme social ; IV. Ces phénomènes reposent sur deux facteul's primaires : le territoire et la population, qui sont comme le squelette et la matière cellulaire dont les mo<lificationssucces;;iyes marquoeont la vrogrcssion du superorganisme. (1) Voyez notre a1·ticle : La Question monétaire, dans la Revue socialiste de décembre 1885. Cet article a été tiré en bro;:hu1·c à part et est en vente à la librairie de la Revue socialiste.

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