La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

750 L.-\. RE\'UE SOCIALISTE LAREVUEDES LIVRES :Enamour, roman par Jean AJ.\LnERT, 1 Yol. Tresse et Stock. - Nàufrage d'amour, roman par Elzéard RouGIEn, 1 rnl. Sa,·ine. - Confession d'un fou, roman par Léo TRËzEXIK, 1 vol. Olleudorff. - Amants, roman par Paul 1L.\ltGUERJTTE, 1 vol. Kolb. -- La fin d'une race, roman par Henry de BRAISNE, 1 YOI. Fencyrol. - L'Heure enchantée, poésies par Gabriel V1CAIRE, 1 vol. Lemerrc. -Fleurs de jeunesse, poésies par Edmond COUTANCES. - Poèmes nationaux, par Léon BERTHAUT.Godfroy (le Havre). - La Néva poésies par Louis Du~IUR, l vol. Sa,·inc. - Marcelle 'i - Oui m'man, je me h~,-c. - Tu sais que ça retarde ... Dépêche-toi si tu ne veux pas manr1uer le train .•. Tu n'as pas besoin de faire chauffer d'eau ... Prends-en dans le bainmaric ... Elle doit étrc encore tiède. C'est par cette b1·ibe de conversation, entre la mère et la fille, que débute le roman de M. Jean Ajalbert, En amow·. C'est l'éveil d'une modeste ounièrc de banlieue ou de faubourg, qui bientôt, sa toilette faite en hàte, trottera vers la bcsop:ne, quelque atelier de robes et manteaux ou de fleurs el plumes au cœur de la capitale. Le temps est mauvais, les jambes sont moites au sortir du lit, du coton clans les articulations, on est las de reprendre, encore une fois, cc chemin trop ,·u qui va comme « la chaîne de scnage de la maison à l'atelier " où déambule la foule moutonnière, « fronts soumis, faces mornes <les forçats de la vie au jour le jour "· Pour une femme, la peine s'aggrave des persécutions masculines. " Comme toutes celles esseulées, elle était vouée à toutes les concupiscences, à tous les désirs la coudoyant, à tous les appétits flairant ses jupes, errant sur ses talons. ,, A l'atelier sous J'œil de la première, M11• Li fiat, grognonne, mauvaise, morose, le labeur coutumier se reprend, sans entrain. Soi-même on est maussade, du réveil trop brusque, encore las des jours passés, inquiet de l'avenir qu'on ne voit pas rose. La premicre s'absente: entre jeunes filles on bavarde, on jacasse, on se venge un peu par des quolibets. Puis cc sont des conversations cynir1ues, des aveux de relations avec des hommes. Ennuyeuses et lassantes ces journées, que la première prolonge parfois au delà du terme fixé par d~s veillées, à l'impro,·iste. Les joies, pour Marcelle comme pour d'autres, elles sont rares. Le dimanche î Eu famille ce n'est gai qu'à demi chez elle. Les parents sont de bonnes gens, très simples, trcs économes. La maman emmène sa fille le matin, au marché

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