748 LA REVUE SOCIALISTE Ce ne sont pas seulement des articles de socialistes, ou socialistes franchement, que nous devrons recueillir. Certes, nous ne les oublierons pas; mais combien plus curieux, combien plus déductifs, ceux que nous pr0ndrons aux journaux bourgeois, en flagrant délit de socialisme, aux aveugles et aux borgnes qui s'efforcent de cuisiner ce socialisme à leur propre sauce. La Presse, il y a peu de temps encore, traitait de haut nos idées. Un journaliste qui les eût prises au séricu x, se fût mis en cas d'être lynché par son directeur. Mais une évolution se fit, rapiùc. La porte des cabinets de rédaction daigna s'entr'ouvrir. Alors on put voir - prodige! - le nom de E.arl Marx imprimé en toutes lettres dans un premier-Paris. Et la porte enfin s'ouvrit tout à fait. Le socialisme entra - sans les socialistes - et il envahit les premières colonnes. On ne voulut plus entendre parler que de lui. Consultez le Figaro, le Gauluis, l'Événement, les journaux de poupées et les journaux d'église: Tel article, signé d·un nom connu, y étudie la question sociale. Entre une nouvelle à la main et une chronique du Moulin-Rouge, une étude très documentée des associations ouvrières. Deux colonnes consacrées aux délégués mineurs. Et les huit heures de travail. Et le minimum de salaires. Et le droit à la retraite. Il n'y a plus place que pour le socialisme. Le sport, les théâtres, les belles-petites, vont bientôt se voir relégués très loin. Cela ennuie bien un peu Caliban et le baron de Vaux, qui ne savent plus où se mettre, mais qu'à cela ne tienne! Caliban et le baron de Vaux feront du socialisme à leur tour. N'est-ce pas la mode? Le socialisme n'est-il pas chic et de bon ton, et l'autre jour un reporter mondain ne nous montrait-il pas la fine fleur du boulevard, sifflets noirs, cravates blanches, socialisant au club, tout en nuageant la fumée bleue des cigares exquis ? C'est la mode, oui, et cc n'est que cela. Ah! si l'on savait combien il y a de crainte, et de désir d'écrasement de la bête de révolte~ au fond de ce socialisme du gardénia! « Mais, répliquera-t-on, la classe finissante du siècle dernier n'offrit-elle pas sincèrement une telle mode? 11 Eh! certainement, encore que le goût des réformes et l'humanitarisme de la noblesse d'avant 89, nous rappelle toujours ce marquis de Rutebeuf, ne jurant que par Rousseau et !'Encyclopédie, et qui écrivait à ses paysans vassaux, dont à la cour il parlait avec c0tle abondance de larmes qui est la caractéristique de ce temps faussement sensible: « Que vous faut-il? Que vous manquet-il? Parlez! Je suis prêt à vous rendre heureux, canaille! » Aujourd'hui, on ne dit plus « canaille », on dit« pauvres gens "· C'est le lamento bourgeois, qui dispense du reste. Et puis, il faut considérer que si la société à talons rouges qui provoqua plus tard les États-Généraux, accepta la chute de la féo-
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