La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

700 LA IlE\'UE SOCIALISTE que des ennemis sans cesse en garde les uns contre les autres (1). » C'est en somme l'adornement clu précepte si laconique et si complet de Saint-Just: Ceux qui s'aiment sont époux. En l'état actuel de la civilisation européenne, nous ne pouvons pas aller si loin ; nous devons nous borner à travailler à l'avènement du « proche avenir qui inangurera le régime des unions monogamiques librement contractées et au besoin librement dissoutes, par simple con cntemcnt mutuel, ainsi que se font déjà les divorces dans divers pays européens, à Genève, en Belgique, en Roumanie, etc., et la séparation en Italie ». Dans ces divorces futurs, la communauté n'interviendra que pour sauvegarder ce c1uiest pour elle d'intérêt vital, le sort et l'éducation des enfants. Mais cette évolution dans la manière de comprendre et de pratiquer le mariage s'opérera lentement, car elle suppose toute une rérnlution correspond an te dans l'opinion publique; en outre, elle a pour corollaires clc profondes modificatious clans tout l'organisme social. Le régime de la liberté et la désagrégation cle notre type familial actuel ne sont possibles que si dans un grand nombre de cas l'État ou le district est prêt ù assumer le rôle cle tuteur et au besoin d'éleveul' d'enfants. Mais, poul' vaquer à ces importantes fonctions, il lui faudrait des ressources considérables, qui lui font aujourd'hui défaut. Dans notre régime actuel, la famille, si défectueuse qu'elle puisse être, constitue encore pour l'enfant l'abri le plus sûr, presque l'unique, et cet abri, on ne saurait songer à le détruire avant d'en avoir construit un autre plus vaste et meilleur (2). En résumé, le mariage antique était fondé sur le mépris et l'esclavage de la femme ; le mariage clu·étien a pour principe la malédiction et l'asservissement de la femme; le mariage bourgeois actuel se base sur la seule convenance des intérêts mercantiles dans la subordination adoucie mais maintenue de la femme. Dans la première ùc ces formes matrimoniales l'enfant était la chose du père, dans la seconde son asservi, dans la troisième il est encore presque sans droits. Il faut affranchir la femme etclonnerdes droits à l'enfant, voilà le plus pressé, et la réalisation de ce plus pressé entraîne l'instauration corollaire d'une société dans laquelle le travail, le bien-être et le savoir seront universalisés dans la justice économique et la solidarité enfin passées dans les faits. Après cela, on peut concevoir que le mariage futur aura pour condition le choix révocable des intéressés, choix libre et basé uniquement, comme il convient, sur les affinités intellectuelles morales et physic1ues.Ainsi seront assurés le (1) P.-J. ST11.\L, l'Esprit des femmes et les femmes d'e~p,·it. (2) Ch. LETOURNE.\U, l'Éoowtion du ma,·ic19e et cle la famille.

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