La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

698 L.\ HEVUE SOCIALISTE Fort divergentes sont d'ailleurs, relativement au mariage, les vues des socialistes. Préoccupés des conflits passionnels dérivant de l'opposition entre les constants et les volages, les saint-simoniens, après avoir élevé les femmes à l'égalité, proclamèrent la prédominance de l'amour sous la direction conciliatrice et harmonisante d'un sacerdoce androgyne qui fut fort mal accueilli par l'opinion. La complète liberté amoureuse dont Fourier dota la société harmonieuse de es rêves n'eut pas plus de succès. Ü\\ en se contente de flétrir le mariage légal. Les successeurs, Pien·e L<'roux, Pecqueur, Vidal, Louis Blanc, etc., se bornèrent à réclamer plus d'égalité pour les femmes, plus de choix personnel clans les unions, et acceptèrent ainsi amélioré le mariage actuel, que Colins et Cabet maintinrent bourgeoisement tel quel et que Proudhon aurait Youlu faire rétrograder en fait et en droit à la barbare patrici poleslas romaine. Les socialistes des partis ouvriers sont tous partisans de l'émancipation de la femme, de l'entretien et de l'éducation des <·nfants par la Commune ou par l'État ; ils diffèrent sur le point de savoir si les unions de l'avenir seront ou non consacrées par la loi ; mais tous admC'itent qu'elles doivent être fondées sur le libre choix affectif et être résiliables quand le sentiment qui les inspira !l'existe plus. Compte tenu, bien entendu, des devoirs moraux contractés vis-à-Yis de l'autre conjoint, si soi seul on s'est détaché, et vis-à-Yis des enfants. Cc sont là questions complexes que l'amélioration morale, le développement intellectuel des contractants et l'harmonisation de leurs sentiments affectifs pourront seuls complètement résoudre. Et encore l'amour cessera-t-il jamais d'être lié à <legrandes douleurs? « Nous sommes là, - disions-nous il y a longtemps déjà, et la vie n'a pas modifié notre opinion, - nous sommes là en présence d'une fatalité naturelle que même la rénovation par la transformation sociale et par l'éducation ne fera pas entièrement disparaître. Toujours celui qui aimera plus qu'il n'est aimé souffrira ; disons même plus, sauf des cas très rares, l'amour profond est une souffrance. Serat-il jamais autre chose? (1 Il n'y a qu'à en appeler à la liberté, en développant, en nous et autour de nous, la dignité, l'altruisme et le sentiment de la justice. Par là, les souITrances affectives seront plus rares, et quand elles viendront, au lieu d'abattre celui qui les subit, elles contribueront à le fortifier pour d'autres combats et à le rend1·e meilleur (1). » Des hypothèses ont été faites; de Girardin, dans un livre retentis- (1) I3. ?.l.\LON, le 1\'ouceau Pal'ti.

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