6()0 L.\ RE\"UE EOCL\USTE On sait comment se passent les choses dans lé monde bourgeois. En attendant <l'aYoirune 'I: position » qui lui permette de prétendre à une dot, le jeune homme peut jeter sa gounnc, en séduisant les fllles du peuple ou les épouses bourgeoises et cela dure dix ou quinze ans. Après ce peu édifia.nt stage, il trouve, ou on lui trouve, nne pensionnaire dont il ne sait rien, comme elle ne sait rien de lui, mais qui est fournie d'écus. Pauvre jeune fille que l'on fait entrer dans la vie par la porte de l'infamie, en l'obligeant à marcher sur son propre cœur et sur sa dignité intime de vierge qui sent vaguement, qnoi que lui ai dit sa mère dressée aux pratiques bourgeoises, que l'amour seul peut justifier le don de tout son être. Puis, comme si cc n'était pas assez pour elle d'avoir à se donner sans amour, à la suite de combinaisons d'intérêt qui la dégradent; elle doit, en sul'plus, faire abnégation de toute sa liberté civile et domestique. C'est aussi humiliant que douloureux. « Si la mc,nogamie place une personne dans le servage d'nne autre, dit un de nos plus Llistinguéf-professeurs de philosophie, ellè est la plu monstrueuse iniquité sociale » (1). Or que font autre chose et le mariage religieux et le ma1·iage civil, ces frères ennemis qui consacrent la même servitude et la même inir1uité? Aussi bien, les socialistes ne sont pas seuls f prote:-;ter contre cette per ·istance esclavagiste ; un philosophe chrétien éminent a porté contre elle cette condamnation sans appel. Les paran~ons de la morale courante qui nous accusent d'immoralité parce c1uenous Youlons que l'amour préside à l'union des sexes, liront avec fruit ces lignes de l'auteur t1·ès peu subversif de la Philosophie ile la libel"lé: « Le mariage résulta.nt d'un r,ccord librement stipulé entre deux êtres raisonnables, cc contrat ne doit renfermer aucnne clause immorale, et rien ne saurait être plus immoral que de renoncer à sa liberté pc1·sonnelle. << Aur-:sine pouvons-nous pas réprouver avec trop d'énergie les législations qui ne permettent à. la femme de concilier l'honneur, l'amour et la maternité qu'au prix de cette chose abominable, le sacrifice de sa personnalité. Si le devoir de l'individu n'était pas un compromis perpétuel entre la raison et la coutume, si la nature ne rétablissait pas le plus souvent elle-même l'ordre renversé par la loi, nous sel'ions contraints d'avouer que la condition {aile à la 1nafrone est pltts abjecte encol"e et plus ùnrnorale que la pro{ession clela courtismH'; puis,1ue celle-ci ne prèle que son corps et peut ïoujow·s (lJ Jules Tt10)I.\S, Prinuipes de plnlosopllie morale.
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