La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

688 LA REVUE SOCIALISTE sultes et philosophes chrétiens, des plaisantins pour dire que le christianisme a affranchi la femme (1). Conformément à ces principes de droit servile de l'aventurier corse et apràs que Portalis eût déclaré que « rien n'était plus vain que cette discussion, que la discussion sur l'égalité de l'homme et de la femme )), la nouvelle législation édicta entre autres prescriptions rétrogrades les suivantes : « La femme doit obéissance à son mari même pour ses biens à elle, elle est sous la tutelle de son mari. Elle ne peut pas ester en justice. << Elle est priyée de tout droit civil et politique. Elle doit, pour l'élevage, l'éducation et le mariage de ses enfants, subir la volonté prédominante et souveraine de son mari. « :Surprise en flagraut délit d'adultère, elle peut être tuée impunément (2). » Non mariée, elle n'est pas protégée contre la séduction; quoiqu'éternelle mineure, elle répond d'elle dès l'âge de quinze ans et elle a seule charge des enfants naturels, la recherche de la paternité étant interdite. Jetée par la misère clans les avilissements de l'amour vénal, elle est rivée par une police inexorablement corruptrice aux hontes sans nom de la prostitution réglementée, véritable survivanc~, dans nos sociétés modernes, de l'esclavage dans ce qu'il a de plus douloureux et de plus ignominieux. La Révolution avait faite la femme héritière (3); en l'enfermant (1) Voici les paroles de Pothier, jurisconsulte, qui est encore classique dans les écoles; il vivait à la veille de 89, au moment convenable pour résumer tout l'ancien régime : « Il n'est pas douteux, écrit-il, dans son TNtité du contrat cle comnwnauté, § 4, que s'il était dit par un contrat de mal'iagc que la femme serait le chef de la communauté des biens qui aurait lieu entre les conjoints, une telle conrnntion ne serait pas valable, étant contre la ùienséance publique que l'homme que Dieu a fait pour être le chef de la femme, r:ir est caput mulieris, ne soit pas le chef de leur communauté de biens, et qu'au contraire cette communauté ait la femme pour chef. 11 1larcatlé, autre juriconsulLc chrétien, ne raisonne pas autrement:« Le mari, dit-il, est établi par la nature même le protecteur et le sun·eillant de l'épouse, le chef de la société intime et sacrée qui se forme entre eux. L'épouse doit donc soumission au mari selon cc précepte de saint Paul : Mulieres oiris suis subclitœ .~int. " Ainsi le dogme chrétien a pendant des siècles appesanti le joug sur la tête de la femme, en inspirant à son détriment l'ancien et le nouveau droit. (2) Le meurtre commis par l'époux sur l'épouse ainsi quc le complice, à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison commune est excusable (Art. 324 du Code pénal). (3) Grande joie de la Mère Duchesne à cette occasion: « Réjouissez-vous, belles filles du pays de Caux, vous n'a,·iez pour vous que votre bonne mine et

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