La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

67ù LA HEVUE SOCIALIPiTE sans le c1mcours de la femme, sont dans l'Ilellénie, la consécration mythique, - aurait eu raison de cet ordre de choses, qui pourtant ne disparut pas entièrement et laissa dans le monde religieux et dans le monde social de nombreux et importants vestiges (11. Sans entrer plus avant dans ce sujet, il est permis d'avancer que, générale ou paetielle, une période matriarcale ou gynécocratique a précédé l'ère <lela domination patriarcale, fautrice d'esclavage, de monarchisme et d'arbitraire propriétaire (2). Quoi qu'il en soit de l'importance de ce précédent historique, il est certain que chez la plupart des peuples l'assujettissement des femmes est complet dès qu'on arrive au seuil de l'histoire. Toutes les religions solai1·es sont hostiles à la femme. La loi de :\Ianou, réaction contre l'ancienne égalité védique, tient pour une calamité la naissance d'une fille, tandis qu'à ses yeux le fils nouveau-né délivre le père des puissances inférieures. Pour Manou, la femme est toutefois un instrument <le plaisir, mais elle n'est c1uecela, c'est pourquoi il la marie à huit ans. Plus défavorable encore, le parsisme refuse originellement à la femme l'àme immortelle qu'il accorde à l'homme (ainsi fera plus tard l'islamisme). Le judaïsme déclare la femme impure et serve; le polythéisme lui oppose Minerve, conçue sans le secours de la femme et en fait, par Pandore, l'introLluctrice des maux sans nombre qui depuis la défaite du bon Titan Prométhée affügent la pauvre humanité. Pour le christianisme aus ·i la femme est responsable de (1) Rémiui,,cen('CS religieu ·es d'une primiti,·e gynécocratie ou domination de,; femmes: culte <le Dcméter, la Terre-l\I~re; de Diane d'tphcse, la Yiergcl\Ierc qui présidait ù la fécondité. Moins êdifiants, mais tout aussi significatifs les cultes de l\Iylila, d'Anaïtis, ct'.\phroditc <1uise perpétueront en se tranS•· formant dans les B(lcc/wnales de l'A11tir1uitc et jusques dans les Sabbats du l\Ioycn-.\ge (rnir sur les religions Chtonienne;; ou féministes la savante et consciencieuse étude de J. BAtSS.\C, les Origines de la ,·eligion). Non moins notables sont les surv1\'it.uccs politico-socialcs fcministcs observées chez les Lycicns, les Locriens, les Étrusques, dans l'Egypte démocratique, et <.:ellesrelevées dans les temps moderne:; au Thibct, à Sumatra, chez les Naïns dans l'ile de Ceylan et chez certaines peuplades arriérées. (2) Les écrivains latins eux-mêmes, quoique sans doute éloignés de cette époque, nous font pressentir, par des expressions singulières, que la puissance maritale n'a pas toujours existe quanti ils disent: (CATON, Pro lege Oppia; TITELivE, XXXIV, 2). Nos pères ont ooulu (volucrunt) que les femmes fussent en la puissance de leurs pères, de leurs frcrcs, de leurs muis ..... rappelez-vous toutes les lois par lesquelles nos pcrcs ont enchainé la libcrtc des femmes, par lesquelles ils les ont courbées sous le pouvoir des hommes. Aussitôt seulement qu'elles auront commencé à devenir vos égales, elles seront vos supérieures. (Louis BHWEL ; la Femme et le droit.)

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