662 LA HE\'UE SOCIALlS1 E commune, appelant à son secours toutes les sciences positives, s'armant de toutes leurs découvertes, interrogeant l'histoire de tous les peuples, apportant à l'appui de sa conception à priori une prodigieuse masse de faits. Dans la pensée de ce grand homme, où l'irléalisme absolu se heurte au génie positif, tout tend vers l'unité, tout conspire vers l'harmonie finale; les sombres perspectives de Ricardo s'effacent avec l'inversion de l'ordre d'occuvation historique des terres cultivées, la productivité du travail appliqué au sol tend à croitre comme dans les manufactures ; la loi de la valeur est la même pour toutes les branches de la Production, la rente foncière disparaît pour se fondre dans les profits, la part du travail tend à croitre absolument et relativement à celle du capital; la population tend à s'équilibrer avec les subsistances sous l'empire des lois biologiques et psychologiques, par l'adaptation graduelle des tendances morales à des conditions économiques plus parfaites, et par le développement indéfini <lel'activité psychique de l'homme social. Toute cette évolution progressive vers l'ordre et l'égalité s'accomplit dans les mêmes conditions de justice négative qu'admettait Adam Smith, avec la même limitation des attributions de l'État, hormis dans l'œuvre fondamentale pour lui de rapprocher le consommateur du producteur à l'aide de mesures protectionnistes. Carey a donné le nom de Principes de la science sociale à son œuvre principale, marquant par là qu'il embrasse l'homme social dans l'ensemble de ses tendances et de son évolution; il a donné le titre de Unity of Law, Unité cle la Loi à son œuvre dernière, unité de loi pour le monde moral et physique, témoignage de cette fascination de l'absolu qu'avait subie son génie. Frédéric Bastiat, qu'il s'inspire ou non de Carey, a la même fonction historique : resté fidèle à la doctrine du libre-échange, abandonnée par Carey, il écrit les 1-Im·monies économiques pour justifier l'institution de la propriété individuelle et la libre concurrence absolue, en ouvrant aux classes déshéritées la perspective d'une diminution progressive de l'inégalité dans le cours naturel de l'histoire. Le moteur moral qu'il assigne aveL: Adam Smith à la Société économique, l'intérêt personnel, tend naturellement et nécessairement vers le bien ; l'homme cependant est sujet à l'erreur, et c'esl pourquoi la Science a, aux yeux de Bastiat, une mission à accomplir, mais elle est telle à ses propres yeux qu'elle laisse exclusivement aux individus le soin de réaliser graduellement l'idéal social et ne comporte aucune intervention positive de l'État dans !'Évolution des sociétés. Par ses théories de la rente foncière et de la valeur, Bastiat essaye, comme Carey, de faire disparaître les antogonismes irréductibles dérivant pour Ricardo de la ,nature des choses.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==