La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

REVUE DES LIVRE:=; REVUE DES LIVRES L"ttat moderne et ses fonctions, par l\I. Paul LEROY-BEAULIEU.Paris, Guillaumin. Pendant longtemps on nous a ,·anté, comme une panacée, la libe1·té économique. La politique du « laisser-faire " a régné en maîtresse depuis le commencement du siècle. Qu'a-t-elle produit? La liberté sans frciu, la liberté absolue, prônée aYcc plus d'ardeur que de conviction par les économistes de toute école, a engendré l'oppression du plus forL sm· le faibles, des riches sur les pauvres. La lutte pour l'existence a pris une intensité sau,·agc. Une concurrence effrénée où chacun, isolé, réduit à ses s-:iules forces, cherche à l'emporter sur les autres, une mèlée où l'on se foule aux pieds, la misère s\'.}tcndant comme une tache d'huile, les trrwailleurs réduits toujours à la portion congrue, les classes moyennes écrasées sous le poids de plus en plus lourd des capitaux accumulés et concentrés, les pdiLes fortunes ù la mc1·ci de agioteurs, ia spéculation éhontée élc,·éc à la hauteur d'une in titution: rnih\ les résultats de l'anarchie économique où se débattent la France ainsi que les autres nations du continent. Est-il étonnant, apres cela, que les peuples crient au secours! et qu'une réaction furieuse se produise en ce moment en faveur de l'intcrvcotion sociale? L'.-\nl-{leterrc, la terre classique du lilJéralismc, l'.\llcmagne, la Suisse, l'.\utriche-llongl'ic, eLc... , considèrent 11uc l'expérience est faite et qu'il y a lieu de mettre un peu d'ordre dans tout cc chaos. :'Il. Leroy-13eauhcu a aperc:u, à quelques pa de là, l'hydre du socialisme d·f:tat et du scialisme municipal. C'est ù la vue de cc monstre, qui le remplit d'honcur, qu'il a fourbi ses armes et s'est décidé à partir en campagne. Le liffc dont nous nous occupons n'a pas d'autre raison d'être, et l'auteu1· nous révèle que les énormes dangers dont les cnrn,hissemcnts de l'État menacent les sociétés l'ont déterminé à crier au public: Casse-cou ! En deux mots, voici le plan d'attaque : Charge à fond de train contre l'État moderne; critique passionnée, ardente de son intrnsion dans le domaine économique. Par contre, exaltation lyrique des bienfaits de la libre concurrence, de l'initiative individuelle sans cntraYes et de tous ses succédanés : associations, sociétés anonymes, charité privée, spéculation, etc. Tel est l'ensemble de la composition. Ce n'est pas une analyse que nous voulons présenter. Nous laisserons de côté toute la première partie de l'ouvrage, consacrée à la recherche d'uuc conception de l'l~tat, de sa nature et de son but, M. Leroy-Beaulieu étant arnnt toui un économiste, un spécialiste dans le sens le plus étroit du mot, choisissons les dissertations où il excelle. Quatre points, qui plus que tous les autres ont un caractère d'actualité, méritent surtout d'être étudiés : l • La comparaison de l'füat moderne et des Sociétés anonymes ;

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