La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

ù02 LA HEVUE SOCIALISTE taliste. Celle-ci s'épuisa en efforts pour donner de ces huit hommes une idée fausse et tout à fait injurieuse. De là l'extrême rigueur des jugements de prévention portés contre eux. On voit facilement la raison qui portait les capitalistes et plus spécialement les monopolistes à rc:,clamer à grands cris la mort de ces agitateurs de la question ouvrière. Ils étaient à la tête du mouvement des « huit heures». Leurs ennemis, néanmoins, ne purent rien trouver à dire contre leur caractère et leurs antécédents. C'étaient de bons citoyens, de bons pères, de bons fils, de bons voisins; ils dépassaient mème, sur ces points, le niveau commun. Ils n'ayaicnt commis d'autre crime que d'agiter la question du travail. :'.\fois c'était là un crime de la dernière scélératesse. Ils avaient osé dire aux salariés qu'on maintient en esclavage qu'ils ont droit, comme d'autres, n.u luxe des commodités de la Yie. lis enseignaient des choses naiment intolérables, car elles ne tendaient rien moins qu'à rendre les travailleurs rétifs au joug. Voici, par exemple, un de ces anarchistes, comme on les nomme: il a été poussé par des motifs tout à fait désintéressés. Il a 1·efusé des positions fort belles. ::\''est-ce pas un amour désintéressé de llrnmanité <1uil'a engagé à donner dix ans de sa jeunesse à cette œuvrc, à l'exclusion de tout souci personnel et de tous ces plaisirs à la poursuite <lesquels les autres hommes dépensent leur vie? Pom récompense, il a été persécuté. Jl a travaillé patiemment non seulement à faire monter les prolétaires debout, mais à refaire les dégradés et à relernr les abattus. (!u'il pût désirer une catastrophe telle que l'échauffourée ü'IIaymarket, c'est une accusation absurde aux yeux de tous ceux qui connaissent sa tendresse de cœur presque féminine. C'est en dévoilant un ignoble outrage commis par un policeman de c<:>tte Yille sur une jeune fille, une servante sans amis, de seize ans, <1n'il s'attira pour la première fois la haine de la police. C'est pour le punir de ce fait et de beaucoup d'autres aussi noirs que la police s'ingénia ù forger de toutes pièces une conspiration qui n'a jamais existé. Ces honnètes soutiens de la justice ne réussirent pas à donner les preuves d'une conspiration, et pourtant ils n'y épargnaient aucun effort.::"llaisle verdict n'en fut pas changé pour cela.Le public terrifié, dans les oreilles duquel la presse faisait résonnei· constamment que la simple existence du socialisme signifiait la <lcstruc~ion et l'annihilation de toute vie humaine et de tout gouvernement, criait qu'il fallait un prompt exemple. Et l'exemple est en train de se faire, et les victimes ont été soigneusement choisies. Il est cel'tain que le jugement de ces réformateurs sociaux a été égaré par leur zèle pour la cause. S'ils avaient été habiles ou seulement prudents, ils n'en seraient pas où ils en sont. Ils n'ont pas prononcé les paroles incendiaires que la presse et la police mettent

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