La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE MALTI-IUS!ANl~~IE Gf>7 extrêmes limites. Si, de cette application, il résulte un préjudice grave ou même un péril pour la société, ce n'est pas le particulier qui en est responsable, mai- le législateur. Le grand propriétaire qui laisse sa terre en friche n'est nullement blâmable, il use de son droit et n'a rici;i à se reprocher; le préjudice qu'il cause à la nation retombe entièrement sur celui ou ceux qui ont créé et qui main-- tiennent ce droit. Je dis plus: le grand propriétaire qui laisse sa terre en friche fait œuvre plus utile que celui qui cultive. Si une compagnie de milliardaires arrivait à acquérir tout le territoire et à le condamner complètement au chômage, elle ferait évidemment plus pout· la solution du problème social que la multitude de petits pL'opriétaires qui, malgré l'iniquité des lois, continuent à arro. er la terre de leurs sueurs. Il en est de même de ceux qui, incités par les vices de la législation, limitent prndemment leur progéniture ; ils sont vraiment plus méritants que les imprévoyant qui multiplient leur espèce sans compter. Du jour où la grève des pères de familles sera générale, le problème social era résolu. Celui c1uiuse de son droit n'e t pas responsable du mal qu'il peut causer. C'est cc que l'on a Youlu exprimer par cet adage : Qui use de son (/,·oit ne nuit ù JJC',·sonne. Il peut nuire beaucoup, mais il n'est pas responsable. Le propriétaire qui laisse ses domaines en état d'inculture, le spéculateur qui achète des terrains à bon marché pour les reYendrc très cher et s'enrichir sans tranliller, enfin celui qui touche une rente foncière qui, en bonne justice, devrait êtt·e perçue pal' la collectivité, tous ces particuliers sont clans leur droit et absolument innocents du mal qu'ils causent. Ils ne commettent aucune maU\·aise action, puisqu'il· ont autorisés à agir comme ils le font. Le coupable, c'est le législateur; le coupable aussi, c'est l'électeur qui vote pour un incapable ou pour un ennemi. On n'a absolument aucun reproche à adresser au malthusien, ni même à ceux qui prêchent le malthusianisme. Mrn• Be ant, la collaboratrice de M. Bradlaugh, qui fait en Angleterre une pl'Opagandc active auprès des ouvriers pour les engager à ne plus faire d'enfants, n'a pas pour but direct de ruiner son pays en le dépeuplant, mais de provoquer le redressement des injustices sociales. Elle s'est fait condamner, il y a dix ans, pour une brochure de propagande malthusienne qui, parait-il, tombait sous le coùp <lu code pénal. Elle a eu tort évidemment de violer les lois de son pays, et elle en a été punie, ce qui ne l'a pas empêchée, il est vrai, de recommencer de plus belle. Ceux qui prêchent le malthusianisme ne sont pas plus répréhensibles que ceux qui favorisent l'émigration'. Dans les pays où l'émi-

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