LE MALTHUSIANISME 555 une fois satisfait, il n'en est pas de plus impérieux que l'instinct de reproduction. Ce n'est pas seulement un besoin sexuel, c'est. une nccessité affective, morale, mentale. Comment donc en arrive-t-on à stériliser cette fonction? Est-ce par impuissance naturelle? Évidemment non. Est-ce par insuffisance de moyens de subsistance et par manque d'espace? Encore moins. Il faudrait être bien arriéré pour ignorer que la France, bien cultivée, pourrait facilement nourrir actuellement 100,000,000 d'habitants sur sa production intérieure, et c2h sans employer de moyens nouveaux et exceptionnels, et rien qu'en se servant des procédés connus de culture intensive. La France est un désert; un tiers du territoire reste inculte; un autre tiers ne donne que des demi-récoltes; sur tout cet espace peu ou point mis en Yaleur, il y a place pour loger, occuper et faire vivre dans l'abondance des millions de familles. Au lieu de cela, on déserte la terre; des millions de prolétaires vivent dans la misère et demandent en vain du travail, tandis que des millions de bourgeois n'osent plus faire d'enfants <le peur <le tomber eux-mêmes dans la misère, ou <lene faire que des malheureux. D'où viennent ces anomalies monstrueuses? Il n'est pas difficile de le découvrir. J'ai là sous la main un petit opuscule tout frais imprin1é, très bien fait, de notre ami Auguste Desmoulins, intitulé : Colonisons la Fmnce, dans lequel l'auteur résume la question agraire et agricole. Touséparpillons, dit-il, nos forces et nos capitaux aux quatre coins du monde, et nous faisons le vide chez nous. Nous cherchons partout des débouchés pour nos jeunes activités, et nos propres terres réclament, sans pouvoir l'obtenir, l'homme qui doit les animer et les féconder. La population française s'accroît à peine; depuis un demi-siècle, les accroissements annuels diminuent avec une régularité fatale et pour ainsi dire mathématique; avant la fin du siècle, nous arriverons à l'équilibre entre les naissances et les décès, puis, nous n'aurons plus à enregistrer que des déficits toujours croissants, jusqu'à ce que la race s'éteigne, si avant cela notre sol n'est pas conquis et e!lYahi ! Et cependant nous avons en main de grands et puissants moyens de nous reproduire à l'infini et de vivre heureux et prospères. Comment de telles absurdités peuvent-elles se perpétuer aussi longtemps, alors qu'il est si facile d'y remédier? Qui donc nous a condamnés à mort? Qui donc a juré de laisser périr la France plutôt que d'abattre les privilèges? Car c'est bien le privilège qui règne ici en maître, malgré les principes immortels et les révolutions ! Systématiquement, nos terres restent stériles aux mains des grands propriétaires, et volontairement nos ménages deviennent inféconds. Infertilité du sol, infertilité de la femme ! Les deux phénomènes sont connexes et réciproques. Si la population est la source
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