LE DROIT ÉCO:\"û:\IIQUE ti37 cela peut-il se faire?' Tout simplement parce que l'on a confondu ensemble la liberté et l'indépendance. L'indépendance est l'état inorganique et déréglé des sociétés primiti\·es, état tout négatif dans lequel• ce qui n·e::;t pas interdit est réputé permis, cela fût-il contraire aux intérêts de la communauté. La liberté, au conkaiee, est un p1·oduit de la loi, c'est-à-dire : la liberté est l'ensemble des droits que les membres d'une communauté se constituent par un accord mutuel. L'indépendance est l'attribut peu enviable du sauyage, et l'indépendance <lesuns fait la servitude des autres; la libel'té est une acquisition du ciYilisé faite en échange <l'une onéreuse indépendance. On mit toute la différence qui existe entre ces deux termes. Comprise ain i, la liberté ne peut jamais devenir la licence, qui n'est, elle, qu'une forme de l'indépendance. Ainsi donc, quand les écrivains conservateurs déclarent que l'aboutissant natmel de la liberté est la licence, ils ne sont autorisés dans cette . upposition que par la manière négative dont est constituée la liberté clans la société moderne, notamment dans le domaine économique, où ce n'est pas la liberté qui règne, mais la plus désastreuse indépendance. Disonsle donc bien haut, la liberté n'est et ne peut être qu'un résultat de l'ordre, et elle ne peut se constituer que pal' la dépendance mutuelle des individus vis-à-vis d'eux-mêmes. S'il y a inégalité entre les individu , il va <lesoi qu'ils ne pem·ent organi er la liberté : Les forts seront indépendants les uns des autres et les faibles tomberont dans la dépendance des forts. L'égalité, que Montaigne disait être « la base d'équité))' est donc indi. - pensable à la constitution de la liberté. Pour instituer le contrat politique, le peuple décréta la liberté et l'égalité de tous les citoyens. Pour instituer le contrat économique, il devra de même décréter - et organiser - la liberté et l'égalité de tous les producteurs. Bien entendu, nous ne p1·étendons pas que la société devra faire })asser sur toutes les tailles une toise fantastique. Il y a de· inégalités - ou plutôt des différences - naturelles et acquises; ces différences sont normales, elles trouvent leur raison et leur emploi dans les multiples fonctions de la Yiesociale. Il ne s'agit donc pas tant de les faire disparaître que d'empêcher de disparaître ceux dont les aptitudes ne sont pas actuellement employées et qui, faute de cet -emploi, végètent misérablement. Un exemple nous fera mieux comprendre. Dans l'ordre politique, tous les citoyens sont égaux. Il ne s'ensuit pas que tous remplissent indifféremment les diverses fonctions de la vie politique. Tel qui est conseiller municipal de sa commune nè deviendra jamais député, tel député ne sera jamais ministre, et le plus gran·d nombre des citoyens ne seront jamais que des unités devant le scrutin. Écartons ici la 35
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