48 LA REVUE SOCIALISTE Précisant encore, Littré, le premier disciple d'Auguste Comte, aYertissait les socialistes que toute théorie incapable d'expliquer par l'histoire la sério logique de ses tentatives d'organisation est frappée rl.'irnpuissance (1). Les nouveaux socialistes français ne le comprirent pas plus (même moins peut-être) que leurs prédécesseurs les grands utopistes. Ce fut une faute grave, une faiblesse pour le collectivisme naissant et l'une des causes du triomphe aussi éphémère que tendanciellement réactionnaire de Proudhon, qui put ainsi faire illusion p:i.r se!'\ bribes d'hégélianisme autant que par la forme magnifique dans laquelle il coula sa pensée remueuse et contradictoire (2). Tout d'abord,l'intenention de Proudhon parut justifiée. Le soeialiste anglais Bray,que sans doute Proudhon ne connut jamais, avait clit. fort raisonnablement en 1839: « .... Il faut décounir une terme social préparatoire, une espèce de halte entre l'indiYidualisme et le communisme, à laquelle la société actuelle puisse arriver,avec tous ses excès et toutes ses folies, pour la dépasser ensuite, riche des qualités et des attributs qui sont les conditions vit.ales du communisme. > Programme magnifique qui tenta l'auteur du Premier Mémoire sur la p1·opriété. Il Youlut, lui aussi, trouYer le terme moyen entre le communisme et l'individualisme. Il aborda la question en se servant de la phraséologie antinomique qui lui était chère : « La communauté nous donne la thèse et la p1·opriété, l'antithèse ; ce qui reste à chercher ce n'est plus que la synthèse, laquelle doit 1·ésulter de la correction de la thèse et de l'antithèse. La communauté par son nivellement devient tyrannique et injuste; la propriété, par son despotisme et ses envahissements est antisociale. (1) E. Littré : Conseroation, Révolution, Positivisme. (2) locontestablemcnt, au point de vue économique le mu:uellisme proudhounien fut une simple réaction individualiste,masquée par une phraséologie révolutionnaire trompeuse et un éclat de style incomparable. Proudhon fut notamment franchement rétrograde par ses théories familiales qu'il a lui-méme résumées comme il suit : < Mes opinions sur la famille se rapprochent du droit romain plus que de toute autre théorie; le père de famille est pour moi souverain, ses droits ~ur sa femme et ses enfants sont presque illimités, et· si le principe familial faiblit parmi nous, je l'altribue surtout à notre jurisprudence, qui a restreint l'autorité du chef et créé dans la pratique une foule d'échappatoires à l'insubordination des enfants et des femmes-. (P. J. Proudhon : Correspondance, tome IV, page 377). Dans son livre posthume, la Pornocratie, Proudhon, énumère huit cas dans lesquels le mari a le droit de tuer sa iemme; il comprend dans la série l'insubor1i_nation et le .~1ensonge. Poussé à ce degré, le fanatisme pour la tyrannie fam1hale paase à l etat pathologique.
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