L'ÉVOLUTION DE L:\ PROPRIÉTÉ ET LE SOCIALISME 453 moment, fut prodigieux. Bientôt réunies en volume, les études que M. de Laveleye avait publiées dans la vieille revue bourgeoise furent dans toutes les mains, et le collectivisme fut dès lors tenu pour une opinion défendable dans tous les cercles intellectuels. Ion pas que l\I. de Laveleye soit entièrement collectiviste; il se borne à demander une extension sérieuse des domaines communaux pour éviter l'cxtrC:me misère et sauvegarder une certaine somme d'égalité. Voici, du reste, comment il s'exprime à ce sujet : . Ainsi que l'ont montré les deux pins grands politiques de l'antiquité et des temps modernes, Aristote et l\Ionlei-quicu, le plus grand danger qui menace le maintien de la démocratie, c'est la trop grande inégalité des fortunes. Machia,·el exprime cette Yérité d'une fai;on saisissante : « Dans toute république, dit-il, quand la lutte entre patriciens et plébéiens, entre l'aristocratie et le peuple, se termine enfin par la Yictoire complète de la démocratie, il ne reste plu~ qu·une opposition qui ne finit qu'avec la républic1ue ellc-mémc, c'est celle entre les riches et les pauvres, entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent point. " Les Germains, s'il faut en croire C(;sar, avaient déjà compris que la coutume <lepartager les terres est favorable au maintien de l'égalité. Après a mir rapporté que chez les Germain , chaque année, la tu·re est repartagée entre les parentés, César énumère les raisons qu'ils donnent iL l'appui de cette coutume : « Autremcnl, disent-ils, les richc!:>sesseraient trop inégales, les puissants étendant leurs domaines aux dépens des faibles; la grande inégalité engendrerait la discorde; tandis qu'al'Cc ces usages, la plèbe est contenue par le sentiment de l'équité, voyant que chacun a la même part que les puissants. " (De Bell. Gall., VI, 22.) En permet tant d'attribuer à chacun une part de la propriété collecti l'C, LHlmend empêche l'inégalité poussée à l'excès d'ou\Tir un abîme entre les supérieurs et les classes inférieures. La lutte entre riches et pauvres ne peut amener la ruine des institutions démocrati11ues, par la raison que nul n·e t très paunc, nul n'est très riche. Transportez-vous tians !'Unterwald, dans la Forêt Xoire ou en Non·ège, la propriété n'est pas menacée : par qui le seraitelle? Chacun est propriétaire. Aux Étals-Unis comme en Serbie et dans certains autres pays, on s'efforce d'arriver au même résultat en constituant par la loi, pour chaque famille, un héritage insaisissable et indivisible, Homestead; mais l'Allmend, en maintenant le domaine éminent de la commune, permet à celle-ci de faire, le cas échéant, tics travaux d'amélioration, d'après un plan d'ensemble. (Voyez Heimstatten, par Rudolf l\leyer.) Quand la propriété privée n'est pas concentrée en quelques mains par le droit d'ainesse et par les testaments, comme en Angleterre, il peut arri,·cr que, par un autt-e excès, elle se di\'isc en parcelles trop petites et que, suivant l'expression consacrée, elle tombe en poussière. Lorsque c'est la commune qui 1·ègle les parts, elle peut mettre une limite au morcellement, comme on l'a fait dans maints villages de Bade et du Vlurtcmberg. On peut aussi farnriscr la bonne culLure sur l'Allmend, en donnant, chaque année, des prix en un concours à ceux des usagers qui auront le mieux cultivé, et, au contraire, en faisant payer une amende ou en diminuant ·Ja part de ceux qui auront négligé leurs terres. Je ne vais pas jusqu'à croire c1ue l'Allmend apporte une solution complète
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