La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION DE LA PROPRIÉTÉ ET LE SOCIALIS~IE 443 Et l'internationalisme capitaliste a si bien fonctionné déjà de l'autre côté de l'Atlantique, que le landlortisme américain y est dominé par l'élément étranger, au point que çlcpuis 1880 vingt-neuf capitalistes ou groupes capitalistes étrangers ont accaparé près de vingt et un millions d'acl'es (8,300,000 hectares) du sol arable améL'icain, d'une Yaleur marchande de ix à huit milliards de francs! Ces faits, dont l'écho a retenti en cri d'alarme dans les délibérations législatives de \Vashington, n'ont pas peu contribué au succès de la propagande d'Henry Georges. A la dépossession certaine des petits propriétaires par les grands, s'ajoute en Italie l'expropriation poue cause de non-payement des taxes. D'après le F'ascio opél'ajo, organe du parti ouvrier italien, de 1873 à 1887 le fisc a proc:édé à plus dn cin'J.Hante-cinq niille expropi·iations. Comme toujours en pareil cas, dans le régime bourgeois, ces biens sont laissés en friches jusqu'à cc qu'ils soient vendus à de grands propriétaires pour des prix dérisoires, qui sont loin de s'élever quelquefois aux frais de saisie. Singulière tutelle sociale que celle qui, sans profit pour l'État, dépouille le pauvre pour en faire bénéflcier le riche. D'après Flurscheim (1), les hypothèques couvrent les 4.00/0 de la valeur du sol et des constructions. Là cnco1'e c'est la dépossession rapide. En Danemark, d'après F. Lindc1·berg, participant au même congrès, toute la terre est entre les mains d'un quart de la population. En Hongrie, le capitalisme opère tout seul l'expropriation des petits, et il va vite. De 1870 à 1880, le nombre des agriculteurs indépendants et petits cultivateurs hongrois est tombé de 1,667,338 à 1,155,3G2, celui des teavailleurs ruraux de 4.,338,621 à 2,li.68,807 (2). Ces chiffres sont effrayants, et dans toute l'Europe il en va de même. Le rédacteur en chef du Joiimal clesÉconomistes, qui est un des. maitres de l'économie politique libérale contemporaine et qui, comme· tel, ne saurait être hostile à la propriété individuelle, a écrit en 1880, avec une précüüon bien faite pour donner à réfléchir, ces deux lignes terribles: « Malgré l'énorme changement que cela suppose, les jours de l'agriculture individuelle sont comptés (3). » Ce qui doit succéder, si une intervention sociale énergique ne vient pas modifler le cours des choses, c'est la monopolisation de la propriété entre les mains d'une rapace et impitoyable oligarchie financière déjà maî- \1) Discours au congrès international de la réfortne a9raire et sociale. Paris, juin 1880. Compte rendu officiel de Tou beau. (2) LœsEw1Tz, article dans l'As.sociation catholique. (3) G. DE l\loLINARI, l'Écolution économique au XIX• siècle.

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