La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES PRÉCURSEURS DU SOCIALIS:\fE MODERNE ~!) au bonheur universel, par les sentiers enchanteurs de l'irnaaina Lion 0 ' il ne fallait attendre, ni patientes obs0rvations, ni études série uses; la science sociale ne faisait pas un pas. Non pas que tout le monde so résignât au rôle d'éxécutant da ns les chœurs discipulaires de l'üglise saint-simonienne ou fo uriériste. Quiconque pouvait être soliste voulait immédiatement conduire un chœur à lui, dans une chapelle ùe sa construction. Le plus important de ce~chor,vphées,devenus éponymes de petites écoles socialistes,est incontestablement Pierre Leroux,philosoph e estimable mais socialiste peu suggestif, bien qu'il ait prétendu êt re le quatrième évangéliste de la moderne bonne nouvelle (l) et pouvoir reconcilier dans la Doctrine de l'humanité Saint-Simon Fourier. et Robert Owen. Le problème philosophique fut assez bien posé par lui : « La société est en poussière, dit-il, et il en sera ainsi tant qu'une foi commune n'éclairera pas les intelligences ei ne remplira pas les cœurs. Voyez, un soleil éclaire tous les hommes, et, donnant une même lumière, harmonise tous les mouvements; mais où est, au jourd'hui ce soleil moral, je vous le demande, qui luit pour toutes nos consciences ». Fort bien vu; mais la s'arrêteront nos éloges sur la phi losophie panthéïstico-spiritualiste avec adaptation du Ternaire occultiste, sous le nom de Triade, de Pierre Leroux; son socialisme n'est qu'un communisme yague insaisissable même, dominé p ar Je fameux Circulus qui, dans la pensée du philosophe. prend dé!, pl'oportions tout à fait exagérées. Buchez, qui comme Pierre Leroux put réunir autour do lui un groupe important d'hommes de valeur, tenta, en fon dant l'école catholico-conventionnelle, de réunir Jésus-Christ et Ro bespierre, Pour Buchez, l'EYangile avait pour complément les Droits de l'homme et le culte de la RéYolution, s'accordait fort bien avec les pratiques catholiques qui étaient d'obligation pour les aùhére ntf;. (1) < Selon lui le socialisme était l'œuvre de trois hommes de gén ie. SaintSimon, homme de l'égalité ou des classes les plus nombreus es; Robert Owen, le serviteur dévoué de la fr&ternité et le restaurateur du communisme ; Fourier l'apôtre exalté de la liberté ou du libre essor. Pierre Leroux s'appelait le quatrième socialiste et il consid8rait la Doctrine de l'J]umanité comme devant être la synthèse des précédentes et comme devant avoir pou r base la science (influence saint-simonienne), la pratique (influence owe nienne), la série (influence fouriériste) A. Desmoulins. La prétention n'était pas mince et pour la justifier, il eût fal lu que l'aullur bien intentionné de l'Humanité eût un esprit plus pondéré et plus libre, qu'il 1e fût gardé de l'orgiasque ul_tra spiritualisme dont il fu t au contraire u_n des plus intolérants apôtres, au pornt de professer avec J .-J. Rousseau que quiconque était athée ou matérialiste ne pouvait être qu'un ma lhonnête homme.

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