La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PROTESTANTISME ET L.-\ QUESTION SOCIALE /di origine la rapine à main armée ou à ruse armée (1), ou, comme en France, l'agiotage sur les biens nationaux et les assignats, les Yols dans les fournitures aux armées de la Révolution et de l'Empire (2). - Il oubliera aussi que la belle âme du grand industriel croît et se développe dans un terreau· qu'engraissent la misère, la prostitution, la dégradation physique, intellectuelle et morale des masses souffrantes. - ~lais il dissipera ces attristantes réflexions et prnclamera volontiers que tout gréviste est un rebelle, tout ouvrier indépendant un ivrogne et une brute, tout socialiste un malhonnête homme ou un aliéné. Telle est, ou _mieux telle était la pensée de cette très honorable corporation. Le socialisme (un socialisme très modéré) a fini par gagner les meilleurs d'entre eux et les a réveillés de leur somnolent égoïsme. - C'est là pour notre cause un véritable triomphe. Nos idées ont pénétré au sein même de la citadelle morale de l'ennemi. Il n'y a pas de preuve plus puissante de la grandeur du Socialisme qui porte dans ses flancs, à l'état d'embryons, une Sociologie, une Ethique, une Esthétique, toute une philosophie nouvelle, et un rajeunissement complet de la vie morale. Dans le volume de l'Association protestante, les travaux protestants que nous analysons, nous trouvons au début une très suggestive causerie de NI. le pasteur Fallot, l'infatigable initiateur de rœuvre, cœur généreux qui s'est douloureusement meurtri au problème social. Il s'agit d'un jeune pasteur bien décidé à rester confiné dans les devoirs de sa charge et hostile à toute préoccupation sociale. Le premier jour, M. Fallot nous le montre auprès d'un ouvrier malade pour avoir travaillé dans un atelier insalubre. Les économies si péniblement amassées viennent d'être épuisées. Les enfants ont faim; la femme s'exténue de travail. « On exalte, dit-il, à bon droit, les martyrs des af\ciens âges; qui prend garde au martyre de l'ouvrière? Et pourtant les tortures qu'elle enduré chaque jour sans se plaindre et les dévouements dont elle est coutumière, font de cette Matel· dolorosa une des plus nobles figures de ce siècle. » (3) Ému <lepitié, notre jeune pasteur essaie une aumône. L'ouvrière indignée lui répond : « Il faut remplacer l'aumône qui dégrade par la mutualité qui anoblit et relève. li (-i) - Plus loin, c'est l'élite d'une population ouvrière qui poussée à bout (1) Yoir les histoires de l'Irlande et de l'Écosse et K. MARX, Le capital, chapitre XXVII. (2; AvENEL, Lundis récolutionnaires, et BEN01·r MALON, L'agiotage de 171~ à 1870. (3) Traoauœ du congrès protestant, p. 32. (4) Ibid. p. 34.

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