• LA PROTECTION DU TRA\"AIL 381 Bourbon, le jour où ils enseigneraient aux républicains que la Révolution française n'a pas eu d'autre but théorique et pratique que celui d'établir le libéralisme économique; que la liberté est la formule économique correspondant à la formule politique du régime républicain. C'est ce qui est arrivé, et voilà pourquoi depuis quinze ans la doctt·ine économique libérale est devenue la doctrine officielle courante. Tout l'enseignement lui appartient, depüis l'école primaire, pour laquelle ses docteurs font des petits manuels cartonnés où ils mettent les apologues de Bastiat à la portée des enfants de dix ans, jusqu'à l'enseignement supérieur, où les élèves de nos écoles normales, de droit, polytechnique, doivent:, à leur sortie, commP.ntcr les in-octavo publiés chez Guillaumin. Du haut en bas de l'échelle politique et administrative, du ministre au conseiller de préfecture, en passant par le Conseil d'État, les chef::;de service de nos ministères et le corps des ingénieurs, tous ont appris à célébrer les beautés de l'abstention sociale du gou,·ernemcnt, à mépriser les utopiques déclamations des socialistes, ces ignorants qui croient que l'État est constitué pour assurer la justice sociale et le bien-être des masses. En vain les circonstances et les événements font-ils éclater partout l'impuissance des formules d'une liberté dont le mirage trompeur aux effets décevants n'a que trop longtemps abusé de ses promesses irréalisables les générations endolories du x1x0 siècle industriel; en vain de toutes parts monte la clameur vengeresse et pitoyable des spoliés et des souffrants criantju ·tice contre les i11iquités, implorant un peu d'ordre et de régularité dans l'anarchique l'oul'billon des forces économiques déchaînées qui se heurtent clans la nuiL, écrasant clans leurs heurts formidables d'innombrables masses humaines sacrifiées - rien ne trouble l'imperturbable sérénité des docteurs assermentés et patentés du social« tout va bien >l. Laissez faire, laissez passer, répète leur implacable optimisme, et la génération gouvernante qu'ils ont abêtie répète après eux: Laissez faire; tout s'arrangera. Il n'est pas clans la nature du gouvernement Je pouvoir modifier la marche naturelle des choses ... Tandis que la science française professe clans ses chaires et que le gouvernement pratique cette désolante théorie de la passivité, à l'étranger, clans les pays où la doctrine du libéralisme économique a aussi régné en souveraine, clans la patrie d'Adam Smith, de Malthus et de Ricardo, une révolution radicale s'est accomplie, totalement inconnue de nos fatalistes français. Lè «laissez faire» est tombé dans un discrédit profond, et une science économique nouvelle est née, professant le respect des faibles, le devoir pour l'État d'édicter àes lois justes et réparatrices. En Angleterre, par exemple, cette nation que les économistes ne
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