REVUE DES LIVRES 375 maintenant! Elle est à la mei·ci d'une poignée de spéculateurs • et plus loin : « La France n'est plus qu'un immense tripot où, comme dans tous les tripots et par la loi mathématique du jeu, tout l'argent des pontes, s'engouffre peu à peu dans la poche des banquiers. Est-ce là ce que s'étaient proposé les économistes1 Non sans doute. Et cependant, qui a poussé plus que ces songes creux à l'avilissement du labeur national 1 Qui a occasionné plus de misèl'e relative dans la classe moyenne, plus de misère absolue dans les rangs du prolétariat? Qui a plus favorisé les intérêts des manieurs d'argent et le développement de la spéculation au détriment des travailleurs! > On ne saurait mieux dire. Voilà où un protectionniste convaincu ea arrive. Ce langage est rare, il n'en est que plus vrécieux, et ces vérités développées avec une richesse d'informations et un luxe de citations considérable, n'en sont que plus éclatantes. Protectionnistes et socialistes suivent un chemin parallèle: C'est la réflexion qui vient immédiatement à la lecture de ce livre. Mais combien toutes ces critiques passent par dessus la t~te des libre-échangistes! Ne vont-elles pas frapper en pleine poitrine les défenseurs attitrés du régime économique actuelî Les attaques contre le « laisser-faire ~, contre l'économie politique orthodoxe, la constatation du p:uasitisme des iotermédiafres, la condamnation de la sp6culation et de l'agiotage, tout cela est emprunté à la littél'ature socialiste. Après ces anathèmes, et en dépit des arguments tirés de la prospérité de l'Amérique, le remède de la protection paraît bien m~squin, bien insuffisant. Le libre échange est une duperie. Protection, tarifs <ledouane. Voilà le desideratum, le remède. Quelle disproportion entre l'exposé sombre des faits et les moyens d'action préconisés par l'auteur 1 La montagne accouche d'une souris, Le système protectionniste nous est présenté avec tous les caractè1·es d'une revalescière capable de guérir les maux les plus profonds de notre société. La protection aura pour èffet d'allgmenter la somme de travail, et par conséquent d'élever le taux des salaires! La grande masse des travailleurs agricoles et inùustriels ne connaissent pas le bonheur qui les attend. Les tarifs de douane vout résoudre la question sociale 1 Laissons M. Domergue à ces chères illusions. A côté de nos lourds impôts qui augmentent considérablement les frais gén~- raux de notre production, n'avons-nous pa.s les charges énormes imposées par les grandes Compagnies maitresses des tarifs, n'avons-nous pas les exigences de la féodalité financière, le parasitisme sous toutes ses formas; usure, spéculation effrénée, agiotage, que sais-je encore 1 Toutes les conséquences en un mot de l'anarchie économique et des théories menteuses et désastreuses du « 1aisser faire ? » Rendons cette justice à M. Domergue. Il trnite, comme elle le mérite, toute la cohue des économistes ortho~xes, « faux savants » dit-il, aux mains rndoutables desquels il est temps d'arracher la direction de la France. « Ils ont plus d'illusions que d'idée saines, plus de phrases que d'arguments; le vrai leur échappe, le paradoxe les grise et toute leur autorité vient de leur aplomb autant que de l'ignorance de ceui qui les écoutent. C'est bien d'eux qu'on pourrait dire : • Notre crédulité fait toute leur science. ]) Et il les accable d'épigrammes acé1·ées;montraàt leurs contradictions, leur clainoyance en défaut, leurs pronostics· hautains ne se réalisant jamais; leur prétenJue science réduite à rtéarit pirr les événemeuts. O'cst tm régal. t Tous ces facteurs de l'Uine ont asse:.: fait de mal à la Franca. Qu'ils se taiseut ot se reposent sur leurs lauriers 1 • On croirait, en vérité, avoir affaire à un écrivain socialiste. M. DomQPgue\ra plus loin~ Il a dl!s hardiesses que ne désavouerait pas un
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