LA nEVUE SOCIALISTE pas 800 millions. li y a bien eu quelques innovations : les chemins de fer, par exemple, qui ont changr, on peut dire, la surface du pays et bouleversé les anciens rapports commerciaux. Mais ce bouleversement, dont les Etats ~oisins tels que l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche-Hongrie, l'Italie se sont fait des sources de 1·evenus importantes, en F1·ance, il n'a profité qu'à quelques centaines d'individus et le plus clair de l'opération a été de grèver le budget d'une centaine de millions par an. Ce n'est pas que les compagnies transportent les voyageurs et les produils à meilleur ma1·ché, oh non ! M. Antony l\Iartinet nous r..:ontre que les tarifs français sont de 35 à 40 0/0 plus chers qu'en Allemagne ou en Autriche-Hongl'ie. Mais nos hommes d'Etat, si vous leur demandez compte de cette anomalie, vous répondront que l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, ne com::i1·ennent absol1;1mcnt rien à l'art de gouverner. Dans ces pays, on u'a pas de principes. L'Etat sort sans cesse de ses attributions. L'art de gouverner, c'est celui de ne rien faire, parce que tout ce que fait l'État est nécessairement mal fait, produit Jans des conditions désastreuses. A p1·euYe, les entreprises de l'Etat français, lesquelles aboutissent toujours à un déficit. Aussi, l'Etat français ne fait-il jamais rien par !ni-même. Il subventionne les intermédiaires, quant à s'en passer, impossible. Ce serait contraire aux principes. c•e~t pourquoi, après avoir construit les chemins de fer, il les a donnés pour rien à des capitalistes qui les exploitent à leurs risques et périls. Ces risques sont considérables. Pour s'en couvrir, les capit&listes concessionnaires ont partagé en deux, trois et même quatre actions, l'action primitive du capital d'établissement. Et comme ce capital ainsi majol'é n'eût rapporté qu'un dividende dérisoire, l'Etat le subventionne. De là les 100 millions de garantie d'intérêts versés annuellement dans les caisses -les compagnies. Ces subYentions sont d'ailleurs on ne peut plus utilement employées, car c'est grâce à elles que les conseils d'administration, asrnrés d'un revenu fixe, peuvent abaisser les frais cie transport des produits étrangers entrant en France, au moyen des fameux tarif de pénétration. Avec cela, si le contribuable n'est pas satisfait et si le commerce français se plaint que le commerce étranger soit protégé et mis dans la possibilité d'éliminer nos produits sur notre propre mal'ché, l'économie politique se déclare enchantée des résultats. Ses principes sont restés saufs. M. Antony Martinet ne dit pas tout cela dans son livre. Il le suggère, ce qui vaut mieux, par le tableau des ressources fiscales des principaux pays d'Europe. La première partie est consacrée à l'examen des budgets de l'Angleterre, de l'.\llemagne, de l'Italie et de l'Autl'iche. Partout, nous vo.vousle gouvernement de ces pays s'efforcc1· de rejeter su1· la classe aisée ou riche les conll'ibu tions nécessaires pour le bon fonctionnement des sel'vires de l'Etat et, à cet effet, remanier les taxes imposant les revenu-,. Certaines nations comme l'Allemagne ont cles revenus domaniaux très importauls. L'Elat a préservé avec un soin jaloux cette partie de la fortune publique des aliénations par lesquelles, ün France, le pays a été spolié du domaine public. Quelques chilfres cités en passant jettent un triste joui· sur la situation comparative de ces pays avec celle de la France : "' J..;ebudget des chemins Je fer s'établit, dans l'empire allemand avec une plus-value nette de 21 millions de francs. En Prusse, les domaines et les forêts l'endent net 5q millions ; les mines. usines, salines, chemins de fer, net, 300 milliùns. - Il y a qu€lques années, une bonne fortune sans exemple dans la vie d'un peuple nous était survenue. Nous venions d'occuper l'Algérie et nous y trouvions plus de 3 millions d'hecta,·es de foréts réellement exploitables, sur lesquels 2 millions appartenant à l'Etat. Cette propnété, qui aurait pu être pour nous une importante source de revenus, s'est évanouie comme tant d'autres en moins d'un demi-siècle. Les forêts de l'Algérie rapportent aujourd'hui moins de 600,000 francs. > Mais nous sommes le pays qui possède les économistes les plus orthodoxes,
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