LE MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 363 avec un caractère d'urgence que l'empereur d'Allemagne est forcé de reconnaître lui-même. En France, le pouvoir reste la cerYelle farcie des formules creuses de l'économie politique. « Liberté du travail! » c'est un terme consacré, et aucun ministre n'aurait garde de passer devant sans saluer profondément. - Mais malheureux ! vous ne ,,oyez ùonc pas, ,,ous ne sentez donc pas que s'il y a quelque chose de détraqué, dans l'organü:ation économique contemporaine; que si malgré les progrès admirables de la science qui donnent à l'homme des moyens de plus en plus efficaces pour asservir les forces de la nature, contraindre l'éternelle marà.tre à satisfaire nos besoins insatiables, 1amisère se développe parallèlement à la richesse; que si l'on meurt de faim en pé1·iodede surproduction, alors que les stocks regorgent de marchandises, vous no sentez donc pas que c'est à votre liberté clutravail, que sont dûs ce détraquement, ces anomalies, ces contre-sens sociaux, en vertu desquels l'homme meurt de dénûment parce qu'il produit ti-op. Et lorsqu'un empire rl'Allemagne, après avoir tenté par ~ousles moyens de comprimer ceux qui dénonçaient cette monstruosité, en est arrivé à reconnaître lui-même qu'il y a lieu d'étuùier le problême, vous invoquez, vous, gouvernement républicain, la liberté du travail 1... Le choix des délégués français devait, nécessairement, se ressentir des hésitations du ministre. M. Spuller a compris, sans doute, dès le premier jour, que la France ne pouvait s'abstenir de répondre aux ouvertures de l'empereur d'Allemagne. Mais il est hanté d'une conciliation impossible entre la liberté économique et la protection clela classe ouvrière. De là, le choix de M. Jules Simon. M. Jules Simon est à la fois un pleurnicheur dont la voix sait s'attendrir avec grâce sur les misères sociales et un libéral dont le le cœur se cuirasse du triple airain dès que les misérables demandent à la société d'adoucir leur sort.Ce mout.onau bêlement idyllique devient enragé et pousse des rugis_sementsde fauve au moindre socialiste qu'il rencontre au bout de sa plume. Dès le premier jour, il a nettement pris position, dans le Temps, contre le fond même du programme de Berlin, et proclamé les droits imprescriptibles de la liberté économique. Heureusement, une fois là-bas, la souplesse de sa parole féline lui permettra de tourner ·1es questions sans les trancher. Il ne heurtera pas les opinions de front. Axec toute sorte ' de si, de ma,s et de circoulocutions adroites, il sera de l'avis de tout le monde. Bien fin sera celui qui voudra saisir la parole fuj·anto do ce Protée, et s'en faire une arme contre lui. Sous cc rapport, le cholx ,le M. Jules Simon n·est donc pas ab~olumcnt
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