ORGANISATION DES SERVICES PUBLICS 343 nécessairement pas que nous voulons que tout soit commun, mais seulement que, d'après nous, beaucoup d'objets qui sont aujourd'hui du domaine privé, qui sont aujourd'hui propriété particulière, doivent, pour le grand bien de l'humanité, devenir propriété de tous, ou même dès à présent déjà, tendent à de1,enir essentiellement propriétés communes. D'autre part, lorsqu'on dit qu'un tel est individualiste, cela ne veut pas dire que cet homme veut que tout soit prop1·iétéindividuelle, y compris même la place publique et les rues de la ville. Pour le dire en passa.nt, notre communisme exprime donc plutôt une tendance, qu'un système arrêté et fabriqué de toute pièce et conçu d'avance jusque dans ses moindres détails. Et c'est en quoi le communisme moderne, le néo-communisme (si l'on préfèrn cette expression), se distingue du communism~ ancien. Cc dernier, dont nous ne pouYons cependant pas contester l'utilité provisoire et la grande importance relatiYe comme leYier du progrès social et comme idéal du prolétariat militant, n'ayait guère d'autre base que le sentiment et l'imagination ; tandis que le premier s'appuie sur la science et non seulement admet l'expérience, mais s'annonce comme le résultat de cette grande expérimentation que la société fait sur elle-même, comme l'aboutissant de l'évolution économique qui transforme le travail domestique en industries spéciales privées, l'industrie privée et individuelle en grande industrie par anonymat, l'anonymat industriel en monopole, et le monopole en service public. Cependant, de cette dernière considération il ne faudrait pas conclure que les néo-communistes assistent à cette évolution économique, bras croisés, en simples spectateurs, attendant que les phases successives de ce procès historique se déroulent, et se gardant bien d'y intenenir. Au contraire, ils estiment que les collectivités humaines ne sont point absolument régies par des lois fatales et immuables dans leur moindre détail comme celles de l'astronomie, par exemple, qui sont placées en dehors de toute atteinte humaine. Ils se disent, par conséquent, quïl peut être utile d'intervenir dans ce développement économique en jetant les bases d'institutions capables d'abt'éger la route, de faire brûler les étapes à parcourir, ou même de marcher par-dessus certaines phases que l'on sait d'avance deYoir être particulièrement douloureuses. Tout notre opuscule sur les senices publicsaprécisément pour objet de rechercher quelles sont les institutions que le prolétariat triomphant aurait à fonder, s'il intervenait brusquement dans ce procès histo- , rique, par un ,le ces événements que l'histoire appelle révolution. Sans rejeter le point de vue historique et presque fataliste auquel se placent certains disciples de Marx, d'accord en cela avec les positivistes, nous admettons avec Dühring, qu'il ne faut point se borner
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==