La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PEUPLE RUSSE ET SON GOUVERNEllIE~T 21 bras arraché. Il mourut dans la journée, au milieu de souffrances atroces, suppliant le gardien de l'achever. (Courrier russe 1880, n° 258.) Cet homme recevait un salaire de 38 francs par mois et laissait, lui aussi, une femme et qu::i.tre enfants. Le directeur leur accorda un secours de 36 francs! Dans l'usine du prince Stenbock-Fermor, à Ekaterinenbourg, un ouvrier, qui y travaillait depuis l'àge de huit ans, perdit, au bout de quinze ans de service, tout droit à la pension pour une absence d'une journée. Au bout de Yingt-cinq ans de service, il périt clans une turbine; de toute sa famille il resta une vieille femme impotente, à laquelle l'usine fit une pen:';ion annuelle de 4 fr. 88 cen• times ! Nulle part on ne trouve une seule caisse rle retraite, ni secours organisés pour Yenir en aide à la femme, à la mère, à l'enfant, qui souvent voit le jour dans l'usine même, dans le dortoir commun, dans la cour, ou au pied des machines, et que sa mère ne peut que rarement allaiter, jamais soigner convenablement; nulle part on ne ne trouve de crèches, ni d'écoles. Et pas moyen de protester; le droit de réunion n'existe pas ; l'association, saut pour le travail, est interdite; la grève, même paci flque, est punie de deux à huit mois de prison, d'un an et plus s'il y a violence. (Règlement de 1886). Parfois même on a recours aux. coups de fouet, de sabre ou de fusil. Il y aurait encore beaucoup à dire !:iurle chapitre le plus navrant de cette anthropopht1gie sociale : les conséquences physiques et morales de la situation faite aux femmes et aux enfants dans ce pandémonium industriel. Mais ici, je suis forcé de m'arrêter. Laissons donc ces horreurs, fruits légitimes de la " libre concurrence» et de la fameuse « loi d'airain» du salaire, et envisageons la situation du peuple russe a un autre point de vue. (A suivre.) A. HERZEN, Professeur de physiologie à Lausanne,

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