La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

234 LA RÈVUE SOCIALISTE entre le Juif polonais et le Juif français. Le premier est industrieux, ouyrier ; tandis que le Juif français n'exerce généralement pas de profession. Au reste n'est-il pas singulier d'accuser les Juifs d'infériorité sociale, à raison de ce qu'ils se sont le mieux adaptés aux conditions du milieu économique moderne? Car enfin, tous les griefs invoqués contre eux, se réduisent, en somme, à ceci : qu'ils s'enrichissent plus vite que les Français - en d'autres termes, que dans la lutte économique, ils sont les plus adroits. En vérité, il n'y a pas là, en se plaçant au point de vue de la civilisation contemporaine, matière à infériorité- au contraire l En réalité, il n'y a ni infériorité ni supériorité de race dans le cas des Juifs. Voués depuis des siècles au commerce des valeurs, le jour où ce commerce a pris une grande extension ils sont devenus, par hérédité, une puissance économique - comme les descendants des grandes familles nobiliaires sont restés de grands propriétaires fonciers . . La finance après avoir mobilisé l'industrie, menace de mobiliser la terre. Le jour où la propriété territoriale deviendra une valeur d'échange, la liquidation hypotécaire sera proche et les familles nobles seront déchues de leur puissance économique. Tout le secret de la haine sourde que l'aristocrate nourrit contre le Juif est dans ce danger qu'elle voit venir. Les socialistes n'ont pas à épouser les intérêts de la propriété foncière, ni le ressentiment des aristocrates que le Juif humilie dans leur orgueil de race. Le socialisme poursuit l'égalité des races et la suppre8sion des inégalités économiques; l'anti-sémitisme repousse l'un et l'autre de ces désiderata. Nous ne saurions donc le considérer à aucun titre comme un élément de solution du problème social. GUSTAVE ROUANET.

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