La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES ANARCHISTES DE CHICAGO 213 Sur la lettre de Most, je me suis expliqué. J'ajouterai ici quîl y a deux ans je parcourus Hocking-Valley, comme correspondant du journal. J'y vis, en effet, quelque chose d'analogue aux tel'ribles peint.ures rle M. Ingham. Des millie1's (le Yies innocentes y étaient détruites, non cl'un seul coup, mais graduellement. Il n'y avait là ni anarchistes, ni dynamite, rien qu'un geoupe de respectables monopolistes, très honorables citoyens clu reste. Sans trouble, ils accomplissaient cette œuYre d'enfer: l'ext.inction d'une génération entière d'ouvriers. Ai-je besoin <ledire que ces assassins ne furent jamais ni inquiétés, ni poursuiYis? La presse eut à peine le temps de s'émouYoie. L'Etat d'Ohio prit immédiatement la défense de ces assassins bieu éleYéset la fit. taire. Quelle épouvante si riuelque:-unes <lesYictimes <lecette conspiration du silence s'étaient directement vengées sut' nn de ces chourineurs en grand qu'on appelle « riches capitalistes ». Lorsqu'à East Saint-Louis, les « chiens (le chasse » de Jay Gould fusillèrent de sang-froid six tl'aYaillen1·s inoaensifs - il y ayait des femmes parmi eux. - on en parla à peine. Et le granrl ,im.r refusa de poursuivre les coupables. Les mêmes choses se passèrent à Chicago, à Milwaukee, ailleurs encore. Un entre[)reneur cle fournitures militaires de Chicago ti ea des coups de reYolver et blessa sérieusement deux ouHiers qui faisaient la gl'èYe. Il fut déféré au grand jury. Le grand jm'y refusa (le poursuiYre le gentleman. Mais lorsque pour une fois un traYailleur, pour se défendre lui-même contre les attentats meul'triers (le la police, lance une bombe et.que, pour une fois, le sang coule de l'autre côté, alors quel haro~ Cette immense clamem· ne fait d'ailleurs allusion à personne. On sait que c'est un mot d'ordre. Y aueait-il nn citoyen assez osé pour exprimer une autre opinion que celle qui lui est presceite par les autorités, sous peine de prison et peut-être <lesgalères. Que quelqu'un s'ayise de parler un peu trop haut en notre faveur, qu'à cela ne tienne, on le pendra avec nous l « Ces hommes », répète a\·ec complaisance '1-rinuel, « n'ont pas de principes. Ce sont de vulgaires pillards, des criminels cle d1'oit commun, des assassins n. Quoi d'étonnant à ce que Gri'nnPlpai·le ainsi. Il ne saurait comprendre nos aspirations et notre but. Bst-ce sa faute s'il est non seulement scélérat, mais imbécile? On ne peut attendre plus d'intelligence de gens non pas sans principes, mais a principes bas.' Mais ne pouvaient-ils être au moins d'exacts rapporteurs. Ils vont chercher des armes dans u l'Arbeiter-Zeitung » et dans « l'Alarm n. N~ suffi~-il point de ne pas comprendre nos articles, faut-il encore les falsifier en les tr_on- ' quant. C'est ce qu'ils font. Ils s'emparen~ de quelques co~~nenta1res indiqués sur tel acte d'atrocité commis par les autorites sur des

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