La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES ANARCHISTES DE CHICAGO 205 vent imaginer un ordre social sans policemen, sans pistoles, sans prisons, sans galères, sans ministère public. Où trom-eraient-ils place dans une société telle que la nôtre? Ce ne seraient plus des Bonfi,eld ni des Grinnel. Aussi considèrent-ils l'anarchisme comme une <, pernicieuse et damnable doctrine». Ils ont leurs raisons pour cela. Plaignons-les, Grinnell'a fréquemment répété, pendant le jugement, que le Yéritable accusé était l'anarchisme : quelle plaisanterie! La théorie de l'anarc,hisrne n'a rien à taire avec les Grinnel. Elle appartient à la philo. ophie sociale. Il n'y a pas eu un mot cle prononcè sur l'anarchisme au meeting de IIaymarket, à ce meeting le sujet ti·aité était d'intérêt purement pratique. Il s'agis~.ait de la question des huit hem-es. Mais, persiste à Yocifére1·Grinnel, c·est l'anarchisme et l'anarchisme seul qui est au banc des accusés. Anarchistes, sans cloute, nous le sommes. Et si c'est uaiment sur l'anarchisme que vous portez un jugement, parfait! Messieurs! je suis anarchiste. Je ceois avec Buckle, avec Paine, ayec Jefie1·son, avec •Emerson, avec He1·bert Spencer, avec beaucoup d'autres grands philosophe::;de ce siècle, que l'état social où il y a des castes et des classes - où q11elquespriYilégiés vivent du ti·avail des .autecs - est une Yéritable anarchie bourgeoise, Yous pouycz appelee cela de l'ordt'e. C'est du désordre qu'il faut dire. La forme de notre prétendue organisation sociale est ba1·bare.C'esLle pillage et le meurfre légalisé. Une telle société est, bien plus sûrement que nous, condamnée à mort. Elle doit faire place, dans un temps plus ou moins rapproché et dont nous hàtons la Yenne, à une société (le libre et ,-olontaire association de fraternité, vous pouyez rire! Honorable juge, yous pouvez en effet prononcer sur moi la sentence de mort, mais quel sort bien entendu, et que le monde le sache : qu'en l'année 1885, dans l'Etat d'Illinois, à Chicago, il s'est trouYé des juges pour condamner à la potence des hommes dont le seul crime est d'avoir cru scientiDquemeut à une société meilleure, de n'ayoir pas perll u toute foi clans le triomphe définitif de la libc1·téet de la justice. Mais Gi·innel s·ex.clame encore : ne dites pas que Yous n'avez pas enseigné la destruction de toute société et de toute civilisation. A cette insistance, on reconnaît bien le fouet et l'agent de l'association des banquiers et des citoyens recens. Cet homme ne sait vé1·itablement ce quïl dit. Il faut le renvoyer a l'école, qu'il connaisse au moins le sens des mots qu'il prononce. La civilisation! Mais lisez <lonc au moins l'histoire; si l'histoire contemporaine Yous est fermée, lisez l'ancienne, colle de la Grèce, celle de Rome, de Venise, parcourez les noires pages tle l'histoire du po~1Yoile·cclèsiastir1ue. P1·enez un peu de peine. InstruisP-z-vous. La route de la science est épineuse, il n'y a pas pour s'instruire de voie royale. lVIaisau I.JouL, il y a l'anarchisme.

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