LE PEUPLE nUSSE ET SON GOUVEnNEJ\IENT 15 habituellement dans leurs propres isbas ; les autreR, qui viennent souvent de trèR loin, tantùt logent dans un local loué en commun par l'association, tantôt couchent simplement dans des asiles de nuit, sans ayoir de }ogement flx.e.Enfln, beaucoup sont logés dans les fabriques elles-rnf1meR. Les isbas sont e11 µ;éni•t·al(.outce qu'on peut imaginer de plus pauno commr habilatiom; humaines et n'offrent que le minimum de l'indispensable; mai· enfin les gens qui les habitent sont chez eux, en famille; cle s01-te qu'ils sont incomparablement mieux que ceux que la 1listance empêche de rentrer dans leurs foyers, et qui sont forcés <lecoucher daus les asiles ou dans les fabriqueR. Voici ce que dit le D• 'l'chi1'bina, un inspecteur sanitaire, d'un asile de nuit à Kiew : « On pén0tre dans une conr où le fumier et la bone liquide forment un véritable marais,que l'on doit tra,·erser sur une planche pour anivcr à l'escalier. Par des marches gluantes, on rlcsccn,1 dans une cave située à 2mso en-dessous du sol. Cette cave est assez longue, mais elle n'a que 2"'10 de haut et n'est aérée que par deux petits soupiraux qui s'ouvl'ent au niveau du trottoir. Les murs sont ruisselants rl'bumidité; l'atmosphère est lourde, saturée d'odeur de tabac et épaissie par la fumée d'une veilleuse. C'est l:\, sur le plancher nu ou sur d'étroites couchettes de bois, disposées le long des murs, sans matelas, avec de misérables loques repliées sous la tête en guise de coussins, que grouille un monde de misérables. Cà et là se détachent quelques étres aux visages hâves, dans une attitude de désespoir. Le tl'avail pénible, une misère extrême ont mis leul' cachet sur ces figures, dont le regard rappelle celui d'un animal aux abois ... Un de nous ne pul retenir une exclamation de doulem et exprima la pensée qu'un tel t:ludis devrait être ferm6. Cette exclamation produisit l'effet d'une étincelle 6lectrique sui· tous ces malheureux assoupis; ils se levèrent agités, et de Lous côtés nous entendîmes un murmure de courroux : « Mais, où irons-nous'? serons-nous obligés de coucher dehors? » disaient-ils. - « Vous trouverez d'autres asiles meilleurs 1 » - « Ils sont tous les mêmes et tous bondés 1 ,. nous fut-il répondu. » Néanmoins, cos gens sont encor0 hien mieux logés que ceux qui couchent dans les fabric1ues. Quelques-unes de celles-ci offrent à lem·s ouvl'iers des dortoirs ; là ils couchent tous ensemble. sans distinction d'àgc ni de sexe. Les commissions sanitaires sont unanimes à déclarer ce~ locaux au plus haut degré insalubres; ils ont tous un cubage absolument insulfisant; ils sont souvent situés au-dessus des ateliel's, dont ils ne sont séparés que par un mauYais planchel' eu boic;,qui en laisse passer toutes les émanations malsaines. On n'y Yoit point do lits, point de meubles; hommes, femmes et enfants s'étendent pêle-mêle, sans se déshabiller, sur 11'étroitescouchettes 1·0couYertessimplement d'une natte et fot·mant, le long du mut·,deux rangées qui n'ont entre elles
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