LE PEIJPLE RUSSE ET SON GOUVEllNEMENT 18tJ avec défiance. Il fallait yerser un cautionnement de 40 000 francs pour pouvoir accepter la commande de l'Etat. Le capital manquant, M. Gratchinoff consentit a receYoir comme cautionnement les maisons appartenaut en propre aux associés, quoique la plupart ne fussent que des cabanes de bois. Dans ces conditions, le nombre des associés monta à 87. Un entrepreneur particulier offrit d'exécuter la commande cl'atfüts moyennant 320.000 francs. Les ouniers offrirent de le faire pour le quart de cette somme, soit 80.000 francs, comptant encore sur un bénéfice de 16.000 francs. Ce furent eux qui l'obtinrent en effet. On voit d'après cela combien les entrepreneurs particuliers mettent dans leur poche au détriment de ri<jtat et des ouvriers; néanmoins, le p:ouvernement n'a pas favorisé ce genre d'associations; il leur a même souvent fait des difficultés et opposé des refus que rien ne semblait justifier; il a sans doute été trompé par de hauts fonctionnaires, désireux de partagee avec les fournisseurs inrlividuels les gros benéfices qu'on retire habituellement de telles entreprises. Voilà encore une fois ce qu'entraîne l'absence de publicité! Ces deux associations furent imitées ayec succès par les ouvriers de plusieurs autt·es usines de l'Oural. Mais un autre fait très remarquable, c'est que le genre d'association qui semble a priori deYoir le moins réussir chez de simples homme:; du peuple, est au contraire celui qui y réussit le mieux. Le paysan et l'ou\Tier russes souffrent surtout de la difficulté, de la quasi-impossibilité de se procurer un peu d'argent pour leur industrie; ils en trouvent, sans doute, mais à quel prix! Les usuriers qui spéculent sur leur sang et leue sueur exigent 70 et 100 Oro d'intérêt; c·est là une des principales causes de la misère en Russie. N'ayant pas de quoi payer les impôts, le paysan est forcé de yendre à vil prix son blé, son foin lorsqu'il en a de reste; s'il n'a pas de grains pour les se~ailles, il faut qu'il en achète à tout prix; s'il a besoin d'engrais, de nouveaux outils, il doit, coûte que coûte, se procurer de l'agent; une escouade d'usuriers est aux aguets et le plume à l'envi; sa récolte est souvent engagée avant d'avoir été semée (1). C'est pour épargner aux paysans une si dure nécessité qu'un jeune et riche propriétaire du département de Kostroma fonda, en 1864, dans un village de ses vastes domaines, une banque coopérative a laquelle il prêta 4.000 francs. Les associés, prêtres, employés du propriétaire et paysans bûcherons: étaient au nombre de 21; les statuts durent être soumis au conseil de rem pire; il se passa, comme toujours, de longs mois avant qu'on obtint le placet; entre temps, le généreux fondateur succomba à une phtisie galopante; la banqua (t) Voir, à ce sujet, l'ouvrage déjà cité de Stepoiak.
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