La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE IlILLET DE DANQUE 171 Oh! assurément, on peut dire et dire avec pleine raison qu'au point de vue de la moralité, des intentions, du but proposé et avoué, il n'y a point de comparaison, de rapprochement possible entre cette monnaie et celle du faux monnayeur. Mais il faut nous bien pénétrer de cette vérité à tout moment oubliée et clans la science économique et dans l'ordre politique et dans la pratique, c'est qu'au sein du monde social comme partout, les intentions ne sont absolument rien; qu'un fait est un fait malgré toutes les intentions du monde et qu'en dépit de tout, il garde ses caractères et sort son plein effet. Ici. le fait quel est-il? C'est le jet dans la circulation publique d'une « monnaie valant moins comme matière que comme monnaie ». Il n'y a pas à dire, cette monnaie qui fausse la définition justement consacrée ne peut être qu'une fausse monnaie. Il n'y a pas à dire, cette monnaie ne peut pas ne pas avoir dans la circulation, et à tous les points de vue, tous les effets d'une monnaie valant moins comme matière que comme monnaie. Ainsi avec elle, au rebours de ce que nous constations pour la monnaie vraie, il y a fab,·ication au sens économique, et non plus simple poinçonnage pour contrôle. Le produit fabriqué paie d'abord son travail à la valeur de ce travail. En second lieu. comment se fixe la valeur courante de cette monnaie? pour la matière elle se fixe d'une façon normale, comme pour celle de la monnaie vraie, c'est-à-dire par les conditions et le libre débat du marché. Et pour la pièce? oh! d'une façon tout autre, par. une édiction formelle de l'autorité publique, mentionnant nne valeur supérieure dans son empreinte, valeur acceptée par la circulation publique, soit qu'elle sache, soit qu'elle ignore le désaccord entre la valeur réelle et l'énoncé de l'empreinte. Il est clair que dans ces termes, l'échange avec cette monnaie s'effectue d'un bout à l'autre à valeur inégale. Il est clair aussi que clans l'émission d'une monnaie pareille, il y a bénéfice pour la main qui l'émet, tout le bénéfice résultant de la différence entre la valeur de la matière et celle de l'empreinte. Quandun gouvernement prend sur le marché pour trente millions de métal commun et qu'il en fait soixante millions de monnaie de billon, il se crée un pouvoir d'achat chimérique, sans droit, sans base ùe trente millions, pouvoir que malgré le défaut de droit, il exerce de la façon la plus réelle et pour son profit sur le marché social. Ajoutons que dans une série pareille de trocs a valeur inégale, un bénéfice ainsi réalisé au premier terme appelle forcément une perte équivalente au dernier. Qui la supporte? Le particulier qui a égaré, usé, déformé la monnaie ou ne peut la passer, ou bien le

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