La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

146 LA REVUE SOCIALISTE la solution des antagonismes, œuvre future du Prolétariat qui, maître électoralement ou révolutionnairement des pouYoirspublics, substituera graduellement l'Etat aux monopoleurs et mettra fin, par l'organisation sociale de la production et de la répartition des richesses, par l'universalisation du savoir et des avantages sociaux., aux antagonismes de classes et aux classes elles-mêmes, fondues dans l'humanité heureuse et libre. Le salut viendra ainsi, non pas du sentiment croissant du droit et de la justice, mais des conditions mêmes de la production capitaliste moderne qui ont pour fatal aboutissant (à moins de chute en servage ploutocratique) le triomphe du grandissant Prolétariat et la socialisation des forces productives. Il en sera,en ceci,ce qu'il en a toujours été dans le cours de l'histoire, à savoir que ce sont les intérêts économiques qui déterminent et commandent exclusivement les événements; les sociétés civiles et politiques n'étant que les reflets successifs de la société économique (1). Tel est, dans ses grandes lignes, le socialisme marxiste contemporain. Voyons le Prolétariat à l'œuvre. Il. - L'INTERNATIONALE ET LES PARTIS OUVRIERS. Le 28 septembre 1864, à la Saint-Martin':;1Hall, à Londres, dans une réunion de socialistes et de délégués ouvriers de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Belgique, de Suisse et de Pologne, fut fondée une Association internationale de8 travailleurs qui allait faire quelque bruit dans le monde. Cen'est pas la première foisqu'une tentative de ce genre était faite. • En 1843, dans une brochure trop peu connue, Mme Flora Tristan avait démontré, avec une singulière lucidité, l'internationalité des intérêts ouvriers, sans même négliger le fait de la lutte des classes dont personne n'avait parlé encore. Ala classe noble, disait l'auteur de l'Union ouvrière, a succédé la classe bourgeoise beaucoup plus nombreusè et plus utile. Vient maintenant la classeouvrière plus utile et plus nombreuse encore. A elle de se constituer en Unité unfoerselle, sans faire aucune distinction entre les ouvriers des diverses nations. Ainsi constituée la classe ouvrière sera forte; elle pourra alors réclamer, sûre de se faire écouter, le droit au travail et l'organisation du travail (2). (1) Nous reviendrons, cela va sans dire, sur cette dernière affirmation, à pro• pos de laquelle nous avons déjà fait des réserves dans les études précédentes. (2) Flora Tristan : Union ouvrière (18~3). Il est remarquable ·que le premier projet de fédération internationale des prolétaires soit dû à une femme. Flora Tristan eut des imitatrices et nous trouvons deux femmes de grande

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