La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE J\IOUVE.MENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 755, tions purement politiques. Pour nous, les luttes politiques devenant de plus en plus de~ luttes d'intérêts économiques rivaux, nous ne croyons guères au calme et au désinteressement des futures « cliscussions d'affaires. » Nous ne croyons pas davantage à leur 1·éelle efficacité en fayeur des trnxailleurs, parce que nous ne soupçonnons pas dans cette majorité, d'ailleurs mal dégagée, une préscience économique suffisante. Différents votes contradictoires, notamment au cours des dèbats sur le régime des allumettes, nous font craindre chez elle beaucoup· d'inconsi$tance. Peut-être aul'ons-nous le bonheur de constater de généreuses intentions. Mais elles seront bien vite mises à la raison. Nous n'en Youlons pour pretrre que la demière petite perfidie du Sénat. La Chambre défunte·avait voté une loi sur le travail des femmes et des enfants dans les établissements industriels, et avait conclu à l'inte1·<liction du trayail de nuit. Malgré les efforts du gouvernement, le Sénat a supprimé tout ce qu'il y avait de démoc1·at.iqueclans cette loi Yotéea la suite d·une enquête où 70chambres syfülicales, 46 conseils de p1·ucl'hommes et 38 chambres de commerce s'étaient prononcés contt-e le travail de nuit. Notons, en passant, que le i.ravail de nuit est interdit en Suisse et chez tous nos voisins monarchiques: en Angleterre, en Autriche, en Allemagne, en Russie. PROJETS IIE LOI DÉPOSÉS. - Caisse de secours et de retraite des ouvriei·s mineui·s. Dans son exposé des motifs, l'auteur de la proposition, M. Emile Brousse rappelle qu'une proposition identique avait été déja déposée par lui, en 1882, a la suite du voyage qu'il avait fait auprès des g1·évistes de la Grand-Combe et de Bessèges en compagnie de MM. cle Lanessan, Clémenceau, Desmons, Girodez, Laporte, II. Mal'et. Les principes essentiels de cette proposition étaient : vel'sement obligatoire des ouvriers et des patrons par portions égales; introduction de l'élément ouwier dans l'administration des caisses; livret individuel suivant le mineur d'un bassin a l'autre et assurant son indépendance. Un rapport sur cette premiè1·e p1·oposition fut présenté pa1· la commission spéciale, mais la législatul'e finit avant qu'il pût être discuté. Il consacrait d'ailleurs, après de minutieuses enquêtes, les principes contenus dans la propos~tion. La législature de 1885 est allée plus loin; elle a voté un texte de lot qui, malheureusement, deYient caduc devant le Sénat, mais que M. ·Broussereprend aujourd'hui sous forme de nouvelle proposition. La chambre actuelle aura sans doute à cœur d'adopter le pt·ojet. de M. Emile Brousse, afin de donner·-aux ouvriers mineurs une légitime satisfaction qu'ils attendent depuis sept années.

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