La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

752 LA TIEVUE SOCIALISTE NECROLOGIE NICOLASTCHERNICHl:WSKl L0 socialisme européen vient de perclt'e un de ses plus savants et plus méritants rep1·ésentants, dans la pei·sonne du socialiste russe : Nicolas Gabrilowitch Tchernichewsky, que connaissaient bien les lecteurs tle la Re1nie. 'fchernichewsky, fils d'un prêtre, naquit en 1828, a Saratow. Il put entL·er,malgré la pauyreté de ses parents, à l'Université de Kieff où il fit de brillantes études. Son étonnante et précoce intelligence, son ardent dévouement a la cause du peuple, lui ceéèrent Yite un cercle nombreux de camarades enthousiastes de sa personne et de ses idées. Dès 1855, il se révéla économiste socialiste distingué. Il releYait pour les idées de Fourier et de Robert Owen; mais en apportant à ce (ond occidental des Yucs 01·iginalesinspirées par la situation pa1·- tie;ulière de la Russie, ce qu'il eut surtout en propre, ce fut une puissance et une pénétration critiques incomparables. Aussi l'Intelligentia (la partie éclairée de la jeunesse russe) salua-t-elle ayec raison en ce jeune homme un des grands maîtres modernes de l'économie sociale. On était dans la belle période libérale russe qui suivit la guerre cleCrimée et prépara l'aŒranchissement des paysans. Pétersbourg était subitement devenu un foyer intellectuel et progressiste. Le grand poète russe Nekrassoff profita des circonstances pour fornler la célèbre revue politico-sociale russe le Sowremenick (le Contemporain). Il en confia la direction à 'l'chernichewsky, qui s'imposa immédiatement à l'opinion publique par sa fort~ critique de l'économie politique bourgeoise et par sa belle campagne pour l'abolition du servage qui, selon lui, ne devait, ètee complète que par l'ocfroi à titre collectif de la terre aux paysans affranchis. On sait que 'l'chernichewsky et ses amis eurent une demi satisfaction par l'ukase libérateur de 1861, qui fit pleurer d'attendrissement à Londres, le grand patriote et révolutionnaire Herzen. Mais la 1·éactionallai L commencer .Aumoment oùTche·rnichewsky, tlans toute la force.de la jeunesse encore (il avait trente-cinq ans), à

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