La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA RÉVOLUTJON ET L'ÉGLISE 121 et faire trembler les rois. La responsa bilité est particulièrement écrasante pour Louis XVI, qui a travaillé de ses propres mains à la .formation, de la première coa:lition. Qu'on nous permette de rappeler ces fait s généralement trop peu connus et qui expliquent cependant et éc lairent d'un jour tout nouveau bien des événements de cette époqu e. Nous ne pouvons mieux faire que de citer, à ce propos, plusieurs passages d'une conference de M. Pierre Lafitte, publiée par le Dr Robinet (1). « Louis XVI avait pactisé avec l'ennemi de la Constitution au dehol's comme au dedans. Il correspondait av ec l'étranger et empêchait par tous les moyens à sa disposition l'organi:sation de la défe nse nationale, afin de livrer le pays. « C:elaest prouvé aujourd'hui, malg1·é ses dénégations mensongères, inouïes, devant la Convention nationale, lors du procès ..... « Non content des al'l'angements qu'il av ait pris avec les coalisés, par l'in- termédiaire ,le ses frères ou des noble s émigrés, Louis XVI, chef suprême de l'armée, écrivait lui-même à l'empeur <l'Autriche, le 3 décembrP. 1791, qu'il ne comptait pl'ILspour reprendre son pouvoir que sur une guerre malheu- reuse pour la France! .. ., « C'€st à la mort de Mirabeau, qui conspirait avec la Cour la ruine de Paris et de la Révolution, que Louis XVI comp rit qu'aucun secours ne pouvait plus lui venir du dedans et qu'il se tourna ir révocablement vers l'étranger, < Chacun se rappelle le manifeste de Bru nswick et l'indignation vengeresse qu'il souleva dans la F1·ance entière ... Mais ce qu'un trop grand nombre de Français ignorent, c'est que ce documen t si triste'llent célèbre, n'était point et ne fut jamais l'œuvre du généralissime de la coalition, mais celle du « Mo- narque infortuné » lui-mêr.?e de ce Louis qui, aux yeux de tant de gens, passe toujours pour le père et pour le bienfaiteur de son peuple. Brunswick n'avait fait que signer et en dosser cette lettre de change exter- minatrice tirée par le roi <le France s ur les rois coalisés, conh'e la France elle-même, pièce écrite d'abord p ar Mallet-Dupan, revue co1·rigée et augmentée par le roi, amplifiée par un émigré, M. de Limon , un protégé de Calonne, et acceptée par leurs majestés prussienne et autrichienne (2). Si l'histoü-e, ainsi que le proclame po mpeusement M. Freppel (p. 131), ne doit connaître d'autres princi pes ni d'autl'es règles que la vérité et la justice, il conYieudra aisément, après cela, que cette Révolution tant combattue et tant calo mniée par lui, a beaucoup moins de péchés sur la conscience qu'i l se plaît à l'en charger; et il n'aura pas Ile peine à t·econnaître que la Chapelle expiatoire, construite en plein Pa1·is par ses coreligionnaires politiques, est un monument 6lev6 à la Lt·ahisonpolitique,« au plus sale des cr imes», selon l'énergique ex.pression ùe Richelieu . • (l) Pierre Laffitte. La Révolution française. \2) Voir le détail de cette révélation capitale dans l'I-listoire diplomatique de l'Europe pendant la Révolution fraiicai sè, p<ar M. 'de Boul'going, ancien secrétaire d'amb!lssadc., deuxième partie, T. 1••·,p. 143 à 153. 46

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