La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

• LES ANARCHISTES DE CHICAGO 709 simple amie, mille obstacles étaient opposésà mes visites à la prison. Les parents seuls avaient le droit de voir les prisonniers. Notre affection mutuelle valait bien une parenté. Nous nous déterminâmes à devenir fiancés. Mais bientôt on m'informa que les maris et femmes seuls pouvaient se voir en dehors des jours de visite réglementaires. Bien plus, un nouveau réglement m'interdit toute visite aux prisonniers. Il me devint clair que mes efforts en faveur des prisonniers et de la justice déplaisaient à une certaine classe de la société, intéressée à leur extermination. Ma situation sociale et mes relations fortifiaient encore ce sentiment. Il m'était évident qu'on cherchait à empêcher toute communication entre moi et les prisonniers. Il ne suffisait pas d'être fiancés. Nous nous décidâmes à devenir mari et femme par la loi. Commemes parents étaient devenus favorables à notre union, c'était une affaire qui ne regardait que nous deux. Mais une tourbe de journalistes, de respectables fripouilles pour la plupart, se mirent à crier lorsque notre mariage projeté fut connu. J'aurais commis n'importe lequel des crimes inscrits au Code criminel que ces galants et chevaleresques gentlemen américains ne m'auraient pas d'avantage honnie et traînée dans la boue. Si j'avais été une jeune fille obscure et étrangère, on n'aurait rien dit contre ce mariage, mais une jeune fille de vieille famille américaine et de grande ' fortune qui suit la voix de son estime profonde au lieu du son des dollars, quel scandale I La demoiselle doit être folle! Elle a lu de mauvais romans ! Si je m'étais mariée à quelque Yieux et impotent millionnaire, de mon monde comme l'on dit, ces moraux gentlemen m'auraient élevée au ciel. Il n'aurait pas manqué de gens, parmi mes frères et mes sœurs chrétiens, pour s'écrier : Excellent mariage 1Charmante demoiselle! Je préfère le blâme de ces personnes si morales, qui ne sont pas faites pour comprendre un amour fait de sympathies intellectuelles, a leur déshonorante approbation. En revanche, je suis fière des quelques excellentes amitiés que j'ai conquises. Ceux-là savent ce qu'est un amour simple et fort. Chicago, 27 janvier 1887, NINA VAN ZANDT. (La suite prochainement): Traduction (rançaise de PAUL BUQUET.

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