. LES ANARCHISTES DE CHICAGO 701 « qui depuis 1833 cherchait à rèfréner dans une certaine mesure la « libre exploitation de la force de travail ». Ils violè1·ent audacieusement la loi, comme le constatent les rapports des inspect.eurs de fabrique. La loi de dix heures fut en fait abolie. Une loi de compromission dut intervenir. Le 5 août 1850 le parlement vota une loi additionnnelle sur les fabriques qui élevait la journée de travail, de dix.heures à dix. heures et demie et la restreignait à sept heures et demie le samedi pour les adolescents et les femmes. Le travail adulte restait toujours légalement illimité, ou très irrégulièrement restreint suivant les métiers. Depuis, en Angleterre, les règlements additionnels se sont multipliés. Un même fabricant fait travailler plusieurs corps de métiers et n'est pas soumis, pour les diYerses fabrications, à la même loi. Il échappe par là au contrôle. « On -roit combien il doit être difficile « d'assurer l'exécution de ces règlements parlementaires, s'il plaît. « au fabricant d'éluder la loi ». remarque un des inspecteurs (1861). La France, on l'a vu, n'est pas à comparer à l'Angleterre pour la législation de fabrique. Mais si paun-e que soit son code de loi, à ce sujet il a du moins le mérite d'être uniforme. « Il lui faut la réYO- « lution de 1848 pour enfanter l'unique loi des douze heures, bien « plus défectueuse que son original anglais. Toutefois la méthode « révolutionnaire française a aussi ses avantages particuliers. Elle « dicte du même coup à tous les ateliers et à toutes les fabriques « sans distinction une même limite de la journée de travail, tandis « que la législation anglaise, cédant malgré elle à la pression des « circonstances, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, prend « toujours le meilleur chemin pom· faire éclore toute une nichée de « difficultés juridiques. D'autre part la loi française proclame au « nom des principes ce qui n'est conquis en Angleterre, qu'au nom « des enfants, des mineurs et des femmes. » Les Etats-Unis d'Amérique sont venus les derniers, dans le mouvement de la limitation légale des heures de travail. Mais ils ont parcouru alors rapidement les phases qui se sont lentement succédées sur le continent. Leur histoire économique présente en raccourci, sur une échelle de temps plus restreinte, mais a-rec une vitesse plus grande, le spectacle saississant de cette évolution. Avant 1865 on peut signaler en 1833, 1834, 1835, 1850, une agitation qui fut locale, et ne sortit pas des limites de l'État de Mas5achussetts. Le fait de cette limitation n'était que trop explicable. En pays esclavagiste « toute velléité d'indépendance de la part « des ouvriers devait rester paralysée aussi longtemps que l'escla- « vage souillait une partie du sol de la République. Le travail sous « peau blanche ne peut s'émanciper et le travail sous peau noire
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