La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER û25 1 LES GRÈVES DU PAS-DE-CALAIS. - Nulle parole n'étant plus autorisée que celle de Basly pour parler des grèves minières, n ous nous empressons de céder la parole à l'ancien mineur du Nord. « Le dernier du monde couvrira 11 feu » disent-ils dans le Pas-de-Calais (couvrir le feu est la fonction du dernier de la famille qui se couche). Il y a dans ce dicton une raillerie amère, une désespérance navr ante. Les malheu- reux ne compte guère se faire rendre justice; ils s'attend ent plutôt à être congédiés du chantier et chassés de leur gite, mais une forc e les pousse. Quelles sont les causes qui déterminèrent les mineurs de Lens à déserter les puits î les journaux nous disent que les grévistes réclament une a ugmen- tation de salaire, la suppression <leslongues coupes (longues journées), et le maintien des veuves de mineurs dans les logements des coro ns. Ces réclamations assurément ne sont pas exagérées; et les co mpagnies pour- raient facilemeut y donner satisfaction. Mais les joueurs de bourse, qui ne connaissent du travail souterrain que les dividendes qu 'il leur procure, pensent au contraire qu'on ne saurait jamais trop pressurer la main-d'œuvre, que toute occasion est bonne pour diminuer les prix et acc1·0 1trele rendement. Au printemps les commandes se ralentissent. Le mineur c ourbe l'échine, accepte les réductions de prix. Il sait qu'au moindre murmu re son livret lui serait rendu et qu'on l'expulserait de sa pauvre demeure. La seconde réclamation des grévistes concerne les veuves. Celle-la est plus que légitime, elle est une touchante manifestation de solidar ité. Le mineur, qui a. conscience des dangers de son terrible mé tier, qui prévoit que son tour viendra d'être un jour remonté des puits écra sé ou carbonisé, veut qu'après lui sa famille soit assurée d'un logis. N'est-il pas abominable qu'il ait à formuler une semblable demande? Voilà donc les raisons qui ont motivé la grève qui s'est éten due à tout le bassin houiller du Pas-de-Calais. Les mineurs demandent, en même temps qu'une augmentati on de paye, la suppression du marchandage. Ils obtiendraient, si elle leur é tait accordée, une quasi-garantie du maintien de l'amélioration. En effet tous les chantiers sont exploités par entreprise. L'a djudication qui se fait sur ra.bail!n'est donnée que pour une quantité très r estreinte, variant de 25 à 50 mètres d'avancement. Les ha\eurs, direz-vous, peuvent se concerter, et établir eux -mêmes un tarif minimum. Erreur. Les directeurs y ont pourvu. Le nombre des chantiers mis à la fois en marchandage est toujours inférieur à celui des équipes libres d'ouvrage. Pour avoir la préférence, il faut rabattre sur le voisin. Ceux qui restent en arrière perdent deux, trois, quatre journées.' A l'atlju dication suivante, soyez stlrs qu'ils seront les premiers à offrir des réductions. Avec le marchandage, les modifications de ta.rifs sont éminemment précaires. Les patrons de mines peuvent, sans compromettre lea divid endes, augmenter les salaires aujourd'hui. Les adjudications prochaines remettraien t daos leurs coffres les quelques sous de supplément qui en seraient sortis . Les caisses de secours et de rett·aites font encore un des grie fs <lesmineurs. Dans tous les a1·r0ndissements minéralogiques, nul différend ne s'élève entre le travail et le capital sans que cette question• soit ardemmen t discutée. L'ad- ministration de la mine impose à se~ salariés une retenue de 3 0/0 destinée à les secourir en cas de maladie, d'accident ou de vieillesse. Elle s'arroge le droit de fixer selon son bon plaisir, voire même de refuse r, les allocations aux nécessiteux. Lorsqu'elle congédie un homme au bout d'u n an ou de vingt ans, elle no lui rembourse rien des 1:otisations qu'il a versées par force. 40

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