La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

624 LA REVUE SOCIALISTE rents à compter sur l'aide mutuelle et finit par leur faire rechercher le relèvement matériel et moral de la collectivité I Ce qui distingue la coopération c'est que, en satisfaisant les intérêts immédiats de chacun, par des moyens pratiques, elle conduit gl'aduellement ses adhérents à voir leur satisfaction dans le bonheur de tous. L'association des ouvriers coopérateurs basée sur leurs intérêts réciproques ferait crouler le Yieux système commercial et créerait un commerce honnête et juste dont tous les travailleurs profiteraient. Cette nouvelle organisation développerait l'intelligence de l'ouvrier et l'effet final serait de modifier le système actuel du salariat. L'inf1uencedes coopérateurs d'Europe et d'Amérique serait une barrière imposée à tous ces rings ou syndicats de capitaux qui blessent profondément l'honnêteté publique. A noter les discours de notre éminent collaborateur le docteur de Paepe et de l'honorable M. Charles Gide, professeur <l'Economie politique à la Faculté de Droit de Montpellier : « La coopération, dirait M. Gide, ne doit pas être égoïste, individualiste. Elle ne doit pas ètre semblable aux épiciers qui ne cherchent qu'à faire une affaire, à faire des bénéfices. Au contraire, la coopération doit· avoir pour but l'amélioration sociale de tous. Aujourd'hui, les consommateurs ne sont rien, les commerçants sont tout. Cela doit changer. Il y a un siècle, Sieyès disait: Qu'est le Tiers-Etat? Rien. Que doit-il être? Tout. Eh bien, nous devons dire : Qu'est le consommateur! Rien. Que doit-il être? Tout l .,, César de Paepe fit un très beau résumé du mouvement c0opératif belge. Il commença par parler des sociétés coopératives créées en 1818,parmi lesquelles plusieurs sociétés de production, notamment l'Alliance typographique, qui existe encore aujourd'hui. Puis après avoir exposé l'histoire du Voornit et donné des détails fort intéressants sur le fonctionnement des principales sociétés de son pays, il ajouta que le but poursuivi par les coopérations belges est avant tout socialiste. Sans négliger le point de vue commercial, leur idéal est d'aider à l'amélioration de la société humaine et à l'émancipation de la classe om-rière par la propagande des doctrines socialistes. Finalement 52 congressistes, presque tous Français, présentërent cette proposition comme conclusion des débats: .. Le Congrès, sans se prononcer sur les différentes écoles socialistes émet le vœu qu'après la constitution de puissants magasins de gros, la production soit indiquée commele but auquel devrait tendre la coopération.» Mais ensuite les délégués belges chaleureusement appuyés par MM.Gide et de Bogve réussirent à faire voter l'ordre du jour sui- . Yant : « Le but de la coopération doit être de travailler à l'amélioration de l'état social dans son ensemble et en particulier de concourir à l'émancipation complëte de la classe ouvrière . .,,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==