La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

POURQUOI JE SUIS SOCIALISTE 545 homme sera obligé de vendre à un autre son travail au taux quelleurs ancêtres, par torce ou par fraude, se sont emparés de la terre, et, alors que le peuple n'avait pas de représentants, ont édicté des lois qui leur ont assuré, à eux et à leurs descendants, le monstrueux monopole des agents naturels. A mesure que le peuple se multiplie et presse de plus en plus sur les moyens de subsistance, il paie de plus en plus aux propriétaires du sol; et tant qu'on permettra à la propriété privée du sol d'exister, les sans-terre seront à la merci des propriétaires, et le riche oisif et le pauvre travailleur seront des parties intégrantes de notre système social ou plutôt antisocial. De la même façon, une portion du produit du travailleur est réclamée par la classe qui détient, comme propriété privée, la richesse accumulée par des générations de travailleurs, c'est-à-dire les moyens actuels de production. Cette richesse est obtenue en obligeant le travail à accepter, comme « salaire», moins que la valeur qu'il crée. A moins qu'il n'accepte cette condition, il ;ne lui est pas permis de créer aucune valeur, de sorte qu'il a le choix entre l'inanition et l'exploitation. La portion du produit, qu'il reçoit à titre de salaire, varie de temps à autre, tantôt plus, tantôt moins, mais toujours inférieure à la yaleur créée. Le capitaliste n'emploie des ouvriers que lorsqu'il y a un bénéfice à réaliser, c'est-à-dire quand il peut extraire de ses ouvriers plus de valeur qu'il ne leur ne doime sous forme de salaire. Les machines inventées par le génie humain,et qui devraient diminuer le travail humain,sont employées à faire la fortune de quelques-uns. Un ouvrier habile voit un perfectionnement possible; son patron en empoche le bénéfice en brevetant la machine perfectionnée pour son· propre enrichissement. D'immenses fortunes, rapidement élevées, dat'-lntde l'invention des machines, parce que ce n'est que par la possession de la machinerie qu'un homme peut utiliser le labeur de beaucoup d'autres dans le but de faire un gain rapide. En la possédant, il est dans une position avantageuse qui lui permet de dire à ses semblables : « Vous ne travaillerez avec mes machines qu'à condition que vous vous contentiez d'une subsistance étroite et que vous me laissiez la richesse produite par elles et par vous, ,. De sorte que les machines, qui sont un des avantages de la civilisation, donnent la richesse à leur propriétaire individuel et la stricte subsistance à ceux qui les utilisent. Et tant que la possession de tous les avantages mécaniques sera ' dans les mains d'individus, ces individus pourront réduire à l'esclavage et exploiter ceux qui ne possèdent que leurs outils naturels, et le propriétaire de la machine peut se reposer à son aise et surveiller les croissants monceaux d'écus de sa fortune, à mesure que ses esclaves ll:)sempilent acceptant avec gratitude la fraction de richesse qu'il leur fait distribuer, à titre de salaire, par ses serviteui·s de haut rang. La pauvreté durera aussi longtemps qu'une classe dépendra d'une autre classe pour 'son « emploi » et qu'un 35

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