536 LA REVUE SOCIALISTE « La transformation précédente <lela propriété privée, morcelée et reposant sur le travail de son possesseur, était infiniment plus longue et plus difficile que la transformation du capital p1•iyé,mais déjà basé, en fait, sur un mode social do travail en propriété collective. « Là, il s'agissait de l'exprop1·iation tles masses populaires par quelques usurpateurs; il s'agit maintenant de l'expropriation de quelques usurpateurs par la masse du peuple. » Nous sommes moins fatalistes, moins optimistes que l'illustre auteur du Capital; l'histoire nous apprend que les probabilités historiques ont souvent été c16mentiespar des rt'gressions soudaines aux incalculables désastres, mais, dans le cas présent, le doute ne nous paraît pas possible. La détresse morale, les épouvantes de l'état de guerre, le mal agricole et commercial, non moins profonds, non moins intolérables que le mal irnlustriel, les absurdités de tous genres, les iniquités et les spoliations <lu monde économique, les servitudes et. les douleurs du monde familial poussent irrésistiblement l'humanité dans une voie no1n-elle que seul le socialisme peut lui offrir. La transformation sociale, dont la nécessité économique Yient d'être démontrée, ressort aussi de l'étude p;énérale de l'éYolution humaine. Un de nos anthropologistes les plus consciencieux et l<' s plue compétents, le D• Letourneau, qui est en outre un des représentants les plus qualifiés du matéralisme, conclut comme suit dans son beau livre !'Evolution de la morale : << Étudiées au point de vue transfo1•mistc, lrs sciences naturell0s nous enseignent que l'homme a été engendré par la bête, l'humanité par l'animalité. Interrogée suiYant la même méthode, l'histoire <lel'éYolution morale répornl que l'homme a été <l'abord bestial, puis sauyage, puis ba1·bal'C,enfin ciYilisé, mais fort imparfaitement, qu'il doit s'amender encore, que sa destinée est <legrandi!' et g1•ayir toujours. ((Cette perspectiYe <l'un p1·ogrè:a;indéfini, c'est la foi mo<lernc, ot cette croyance nouYelle remplace aYantagousement le mirage des paradis évanouis; elle nous soutient et nous console au milieu des 6preuYes publiques et pl'iYées. Encouragés pai· elle, nous nous regarderons comme les ouvrie1·s d'une ccune toujom·s inacheYée, mais à laquelle tous les hommes petits et grands, obscurs et célèbres, peuYent et doiyent mettre la main. Si c1·uellesque puissent être les misèreR, les injustices, les calamités clu pPésent, nous les pournns tenir pour des accidents du long Yoyage de l'humanité à la recherche du mieux, et, tout en nous efforçant d'y l'cmédier, les prendre en patience. Nos devanciers, nous le savons, ont été plus malheureux que nous, mais un avenir supérieur à noti·e présent
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