La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

526 LA REVUE SOCIALISTE Mais, qu'il y a·loin de la coupe aux lèvres! Lorsque la grande Révolution déchira, de sa foudre et de ses éclairs, le ciel do plomb cluvieux régime, emportant, dans sa tourmente émancipatrice, le despotisme royal avec ses privilèges de caste et ouvrit tous les hoeizons de l'avenir aux progrès de l'esprit humain, elle se borna malheureusement aux libérations politique, laissant subsister les antagonismes économiques. C'était s'arrêter à moitié œuvre, c'était fatalement livrer le pouYoir politique à la classe dominante économique, qui faisait la loi sur les marchés du travail et de l'échange. Immédiats, furent les résultats. Quesi, en effet, la classe dominante :nouvelle, la classe bourgeoise avait besoin, tout d'abord, du marché universel pour l'écoulement de ses marchandises, c'est-à-dire de paix internationale, elle avait par suite plus besoin encore de maintenir par la force, dans l'ordre, le prolétariat grandissant et.de réprimer, ayec les tentatives républicaines, le socialisme naissant.; pour réprimer, il faut des armées et conseil amphictyonique. En 1623, Emeric La Croix publia à Paris, le nouveau Cynée,Discours des occasions et moyens d'étn.blir une pai:r. générale et la liberté du commerce pour tout le monde; il y plaidait en faveur de l'établissement d'une diète internationale permanente, qui serait investie du pouvoir d'arranger toutes les querelles entre les nations. Leibnitz soutenait, en 1670, que ce but serait atteint par les nations de l'Europe, quand elles se formeraient en confédération. En 1693, le grand et vertueux William Penn, dans ua Essai sur la paix présente et future de l'Europe, tenta également de prouver que par l'établissement d'une diète ou confùdération, l'Europe pourrait, si elle le voulait, s'affranchir entièrement de la guerre. Vingt ans plus tard, la théorie de la paix universelle et perpétuelle trouva dans l'abbé de Saint-Pierre l'un de ses plus enthousiastes défenseurs. i.e premier de ses ouvrages sur ce sujet fut publié en 1712, le dernier en 1736. Rousseau donna en 1761 une éloquente exposition des vues de l'ingénieux abbé. Goudard, dans son livre la Paix de l'Europe {1757) et dans son Espion chinois (1764), et Mayar dans son Tableau politique et littéraire de l'Europe en 1775 (1777), ont proposé pour assurer et maintenir la paix, des plans de congrès européen qui sont en substance les mêm~s que celui de l'abbé de Saint-Pierre. Le grand philosophe Kant donna aus~i Sorl.projet de pai~ perpétuelle par l'arbitrage. Au x1x0 siècle tous les socialistes (moins Proudhon, qui a osé glorifier la guerre),ont posé à la base de leurs systèmes la fédération des peuples; l' Internationale fut de la réalisation de cet idéal une tentative pratique. Actuellement,l'Europe compte une douzaine de sociétés ou li~ues de la paix ou de la fédération des peuples, fondées ou dirigées par des hommP.s qui ont nom: John Bright, Ch. Lemonnier, H. Destrem, Hodsgorl.Pratt.Godin, Frédéric Passy, Cremer,Th. Moneta,Amillcar Cipriani,Gœgg etc. ; mais que peuvent ces bonnes volontés contre la stupéfiante déviation de toute une sociétê piquée de la tarentule du carnagE! au point d'applaudir le Moltke abominable qui, lui, vaticine insolemment. que a: la guerre ést sainte, qu'elle est un élêment de l'ordre du monde établi par Dieu» 1

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