La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA CIVILISATION Bûl!RGEOISE 525 La civilisation bourgeoise peut être fière de son œuvre. Elle est, c'est entendu, la systématisation de la guerre économique, du déchaînement des égoïsmes et des intérêts antagoniques, del'agiotage spoliateur, de l'exploitation de l'homme par l'homme avec toutes ses conséquences de misères, de servitude,de dégénérescence morale et physique. Mais elle devait au moins nous donner avec la liberté politique, la paix internationale et le remplacement de la prédominance militaire par la prédominance industrialiste si magnifiquement annoncée par Saint-Simon, au commencement du siècle. Tout l'avait fait espérer dans la deuxième moitié du xviu• siècle. L'économie politique naissante par la Yoixde Quesnay, Dupont de Nemours, Letronne, Bandeau, Lecerf, Mercier Ja Rivière, Gournay, Turgot en France; par celle d'Adam Smith, de Hume, de James Mill en Angleterre; par celle de Filangieri, Vasco, BeccariaVerri Genovesi, Gioia,Romagnosi en Italie; par celle de leurs émules en Espagne, en Allemagne, en Hollande, en Suisse... s'efforçait de glorifier le travail et de déshonorer la guerre. Ils avaient pour approbateur et pour appui le noble public cosmopolite qui suivait les Fontenelle, les Montesquieu, les Voltaire, les Diderot, les Rousseau, les Buffon, les d'Alembert, les d'Holbach, les Helvétius, les Condorcet, les Kant, les Wieland, les Gessner. les Franklin, les Richardson, les Grimm, les Pope, les Gœthe, les Schiller, les Galiani, les Mably, les Raynal, les Morelly... Ce dernier traduisait le sentiment général en vaticinant dans sa Basiliade :« ... Et toi Humanité I sois maintenant libre et paisible,ne « forme qu'un grand corps organisé par les accords d'une unanimité « parfaite ; que la variété infinie de désirs, de sentiments et d'incli- « nations se réunisse en une seule volonté,qu'elle ne meuve les hom- « mes que vers un unique but, le bonheur commun ; que, semblable « à la lumière, cette félicité s'étende également à tous. Sois la mère « commune d'une famille heureuse ... » Et tous applaudissaient, tant les jours de la paix et du désarmement universel, de la Fédération européenne semblaient proches! A tous, il semblait qu'enfin, ce beau rêve déjà vieux des meilleurs souverains et des plus généreux allait devenir une réalité (1). ( l) Nous empruntons à la Philosophie de l'histoire en Allemagne de Robert Flint 1me sommaire énumération, qui est ici à sa place, des projets de pacification européenne dans ces derniers siècles. La première idée remonte à Georges Podiebrad, roi de Bohême, qui exposa devant Louis XI, roi de.France, en 1464c, un plan de pacification et d'organisation de ta nouvelle Europe. Henri IV et son ministre Sully, vers la fin du xv8 siècle,avaient conçu un projet semblable, mais plus approfondi: ·il s'agissait de fonder une République chrétienne d'Etats indépendants, où les guerres eussent été rendues impossibles par une sorte de

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