La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

BERNARDINO RIVADAVIA « Ce n'est pas là ce que voulaient les précurseurs et les champion de l'indépendance argentine. « Mais sur la base de la propriété privée de la terre,le grand problème social était et est encore insoluble ; car cette propriété était précisément la source de toutes les difficultés sociales et des graves questions agraires qui nous occupent. << Le fractionnement de la terre en parcelles relativement petites pour les livrer directement aux cultivateurs peut atténuer ces difficultés et ajourner ces questions, tant que la terre est abondante, tant qu'il y a encore beaucoup de terre dépeuplée, comme. il arrive en Amérique. « Mais la terre dont un seul colon,un seul homme avait. besoin au commencement, ne tarde pas à devenir excessive par l'intensité des cultures, par le progrès général; la densité de la population fait que le cultivateur-propriétaire partage avec d'autres individus l'exploitation de son domaine, et ceux-ci arrivent à tomber dans cette même dépendance qu'en vue de l'intérêt général on avait -voulu éviter. • • « Le colon à qui on adjuge,à titre perpétuel, une étendue de terre vierge, qui aujourd'hui ne constitue qu'une petite propriété, demain (lui _ouses descendants) se trouvera, par le progrès social, à la tête d'une grande proprièté territoriale ; et les nouveaux émigrants, les nouveaux travailleurs qui auront besoin dejterre,que l'État ne peut plus leur donner parce qu'il a abandonné à perpétuité Ile domaine direct du sol, se verront obligés à payer le tribut aux colons d'aujourd'hui, grands seigneurs terriens de] demain, et la situation actuelle se trouvera rétablie. << Rivadavia avait résolu le problème pour le présent et l'avenir, parce qu'il avait pris pour base !'inaliénabilité de la terre publique et, que, sur cette bMe, l'emphytéose permettrait de concilier les intérêts généraux, la meilleure exploitation deJ la terre, l'indépendance de ceux qui la cultivent directement avec tous les stimulants attribués à la propriété particulière. ((La science modern(reconnaîtra que c'était là un grand et véritable progrès. » Nous finirons sur ces mots, nous bornant à ajouter que l'échec de Rivadavia, en privant les peuples modernes du rgrand et salutaireexemple que lem· aurait fourni le spectacle d'une nation ayant résolu la question de la propriété conformément au nouveau droit socialiste, a été un malheur ;public. Salut, quand même, au réformateur malheureux, au semeur qui qui n'aura pas vu sa moisson,mais tout le travail ne sera pas perdu. De toutes les initiatives, de tous les efforts socialistes de:ce siècle,se forme le collectivisme de l'avenir. B. MALON.

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