LA DÉPOPULATION DE LA FRANCE 389 peut exercer sur les autres, aussi bien sur les champs de la concurrence économique et des idées, que sur les champs de bataille. Un peuple occupant un territoire relativement ·restreint, mais ayant une population dense, résistera facilement aux attaques de l'extérieur. En outre, sa puissance de production ~era relativement plus grande; son commerce et son industrie rayonne!'Ont au loin, y étendant l'inf1uence de sa langue et de ses idées. La langue, à son tour, développera l'influence économique; elle facilitera les relations internationales et favorisera le placement des produits, avec l'adoption des idées qu'elle a su formul~r. Au xv111•siècle, la langue française était' la langue uniYerselle. Son influence était en raison directe de sa population. Voici, en effet, quelle était la population de l'Europe à la fin du xvn° siècle. POPULATION DES GRANDES PUISSANCES DE L'EUilOPE EN 1700, France . . . Angletene. Empire d'Allemagne . . . Autriche (comprise en partie dans l'Empire germanique) Pru~se (comprise, en partie dans l'Empire germanique). . 19.600.000 8.000.000 19 à 20.000.000 12 à 13.000.000 2,000.000 En tout, 50 millions. La population de la France comptait donc, en 1700, pour 38 0/0 de la population totale des grandes puissances, dont la plus grande, l'Allemagne, était morcelée en trois ou quatre cents États rivaux. Quand nos historiens parlent de la suprématie intellectuelle et militaire que la France exerçait aux xv11•et xv111°siècle,ils parlent trop de son génie et pas assez du chiffre de sa population, qui lui permettait de mettre sur pied des armées formidables. Les coalitions de l'Europe étaient facilement tenues en échec, les grandes puissances réunies pouvant à peine nous opposer des armées supérieures, sans unité ni cohésion, partagées en commandements nombreux qui se jalousaient mutuellement. A la fin du xvm• siècle, et après une longue succession d'hommes d'État plus néfastes les uns que les autres, grâce à sa population, la France était encore l'arbitre de l'Europe. Cependant, elle avait relativement diminué, malgré ùne augmentation absolue de 6 à 7 millions d'habitants, l'accroissement de la population des autres puissances ayant été plus rapide. Voici, comment, selon les calculs de Moreau de Jonnès, se répartissait la population des grandes puissances européennes en 1789, à la vQille de la Révolution.
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