La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

REVUE DES LIVRES 377 Si on élimine de ce tableau comparatif le budget spécial de l'Empire d'Alle- • magne, qui est insignifiant par rapport aux. budgets des divers états allemands, on voit que la France occupe l'avant-dernier rang des pays de l'Europe, dans l'échelle de l'impôt sur le revenu. En revanche, elle occupe un des premiers pour les impôts de consommation. Tandis que dans les autres pays, l'Allemagne surtout,payentla plus grande partie de leurs dépenses annuelles avec les produits des domaines et des revenus spéciaux de l'Etat, en France, c'est le contribuable qui doit parfaire individuellement les nécessités budgétaires; encore l'impôt est-il si irrégulièrement :·éparti,qu'il frappe les objets de consommation, c'est-à-dfre la classe ouvrière, de préférence aux revenus. (En Russie, Danemarck, Portugal, Norwège, les impôts de consommation sont très élevés, mais le mode de consommation, surtout dans les couches rurales, n'est pas le même qu'en Fi-ance et en Angleterre. Dans les pays primitifs, le peuple consomme en grande partie les produits récoltés dil'ectement. Au contl'aire, la consommation n'est pas directe dans les pays où les échanges ont acquis un développement considérable. Les produits frappés étant principalement les produits impo1·tés ou échangés, nous croyons qu'l y a là, au moins en pal'tie, pour les pays primitifs, une atténuation considérable à l'iniquité de l'impôt sur les objets de consommation.) Ces divisions d'impôt constatées, M. Denis recherche quelle est la plus juste. Les trois leçons cousacrées à la discùssion du pl'oblème de la justice d~ns l'impôt sont bien intéressantes .. Malheul'eusement l'espace nc,us fait défaut pour les analyser. Bornons-nous à signaler quelques-unes des conclnsions fortement argumentées qu'il dégage: tout d'abord, l'impôt sur le revenu lui paraît le plus équitable, mais les petits revenus doivent être exonérés de tout impôt, l'expérience ayant !lppris qu'on ne saurait les payer sans iuconvénients : « En Prusse, dit-il, il a fallu exonérer les dernières classes des revenus soumis à la clasenstauer, parce que lé recouvrement de l'impôt ne pouvait s'accomplir, sans fai1·e supporter par les contribuables des frais de poursuite et d'exécutions écrasants et préparer de véritables tempêtes de haine contre l'Etat. » M. Denis est donc pour l'exonération d'un minimum d'existence soustrait d'une façon formelle· à l'impôt. Dans h question de la Progression et de la Proportionnalité, éxposée avec un grand luxe d'exemples et une abondante documentation théorique, il est pour la Progression. Reste à savoir si la répercussion économique ne réduirait pas à néant les avantages obtenus par une répartition plus juste des charges sociales. M. Denis n'a eu garJe d'omettre cétte donnée du problème de l'amélioration des impôts et il a eu soin de rechercher sommairement celles des taxations qui échappent à la loi de la répercussion, celles qui ne sont influées que parti~llement, celles enfin, que le contribuable frappé pourrait rejeter entièrement sui· autl'Ui, Fidèle t. ses habitudes de paradux.e et d'outrance, Proudhon a fait autrefois un tableau poussé au noir de la répercussion en matière fiscale. L'hon,J1·able professeur belge a un fonds de vénération tout particulier pour l'auteur de la Théorie de l'Impôt et des Contradictions économiques. Je ne sais pourquoi, car en ér.onomie JJOlitiqueet financière, Proudhon a souvent fait preuve d'une préparation doctrinale bien superficielle, très insuffisante; en maints endroits de ses livres, il découvre à tout bout de champ l'Amérique et il lui arrive souvent de célébre1·.cette découverte avec une pompP. de style qui ne devrait pas faire illusion à un économiste de la valeur de M. Denis. M. Denis a fort heureu8cment rectifié, cependant, h~ tableau pessimiste de Proudhon eb. indiqÙant ceux des impôts qui, comme celui établi sur les successions, échappent à la loi de répercuss10n.

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