NOTES SUR LE CANAL DÉ PANAMA 33 ' NOTESSUR.LECANALDE PANAMA( 1 > Le mois de décembre 1888 a vu se produire le colossal effondre·- ment <luPanama. C'est l'une des débâcles financières du siècle et ses résultats seront crantant plus désastreux, qu'elle at.temt des victimes impui. santes à se défendre contre le coup qui les frappe en pleine sécurité, alors que rien, jusqu'à la dernière heure, n'avait pu leur faire prévoir la possibilité d'un dénouement pareil. Non que clans le milieu <lesaffaires ou dans le public qui suit ayec un intérêt éclairé la marche économique et financière de cette fin de siècle, on ne préYît l'échéance fatale à laquelle seraient fo1·cérnent acculés les fauteurs de haute marque qui ont machiné l'aventure du Panama. Pour notre compte, nous sommes fixé clepuis 1885, sur le but et la moralité de cet.te fantastique entreprise; depuis 1885, nous avons noté au jour le jour les mensonges et les contradictions de toute nature qu'une presse entièrement achetée, sans distinction de parti, enregistrait triomphalement, en battant le rappel des « bas de laine» et des épargnes chèrement acquises. La situation désespérée du Panama ne nous a donc pas surpris. Il ne saurait en être de même dans la grande masse du public, prise aux mots sonores de « patrie » et de «progrès», scandaleusement accolés à la poursuite d'une basse affaire. Cette masse" elle, a cru, jusqu'au dernier moment - que dis-je? elle croit encore! ! - au caractère patriotique et de grandeur d'une œuvre qu'on n'a cessé de lui présenter comme une conception humanitaire, à la réalisation de laquelle sont attachés le bon renom et l'intérêt supérieur de la France. Comment eût-il pu en être autrement? Est-ce que, jusqu'au dernier jour, la ville et la campagne, le bourg et le hameau n'ont pas été inondés de toutes sortes de prospectus, - depuis la brochure technique, à allures scientifiques, éditée pour enleYer les fortes (1) Ecrit pour la revue de janvier, au moment où la catastrophe du Panama était l'objet des vives préoccupations publiques, cet article n'a pu pour des raisons dive1·ses, indépendantes de ma volonté, paraitre à son heure. La chambre étant appelée à se prononcer de nouveau sur un projet qui lui est soumis par M. Rouvier, ministre des finanèes, j'ai cru que la publication de ces notes sui· Panama ne serait pas dénuée de tout intérêt, et je les donne à la Revue, telles qu"elles furent écrites au mois de janvier. 3
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